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Edouard III - Shakespeare / Cédric Gourmelon

Cédric Gourmelon monte pour la première fois en France une pièce oubliée de Shakespeare. Dans une mise en scène très épurée, Edouard III est un texte puissant d'une étonnante modernité

22/1/2026
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22/2/2026
Théâtre de La Tempête

Edouard III, redécouverte d'une pièce méconnue de Shakespeare

  • L'histoire : du désir impérieux à la stature de conquérant
  • Un texte puissant d'une étonnante modernité
  • Une mise en scène très épurée qui privilégie la diction au détriment du jeu
  • Cédric Gourmelon : respect du texte et liberté de mise en scène
Pièce de théâtre à voir : Edouard III de Shakespeare - La Tempête
© Simon Gosselin

L'histoire : des amours ardentes à la bataille de France

Écrite à la fin du XVIe siècle, la pièce historique retrace le règne d'Édouard III, souverain d'Angleterre au XIVe siècle. L’intrigue débute par une revendication politique : Édouard réclame la couronne de France qui lui revient par sa mère Isabelle, mais les nobles français invoquent la loi salique pour l'écarter, déclenchant ainsi la guerre de Cent Ans. Avant de franchir la Manche, le roi se rend au nord de l’Angleterre pour libérer le château du comte de Salisbury assiégé par les Écossais. Au premier regard, il tombe éperdument amoureux de la comtesse de Salisbury. S'ensuit un huis clos psychologique intense où le roi, dévoré par son désir, tente par tous les moyens - y compris la manipulation du père de la comtesse - de séduire la jeune femme. Face à la détermination de la comtesse qui préfère mourir plutôt que de céder, Édouard finit par retrouver sa raison et reprend sa mission guerrière. La seconde partie de la pièce devient alors épique, illustrant les célèbres batailles de Crécy et de Poitiers, le siège de Calais et l'ascension héroïque de son fils, le Prince Noir.

Un texte magnifique d'une étonnante modernité

En mélangeant les codes de la chevalerie médiévale à la profondeur du théâtre élisabéthain, la pièce réunit l'intime et l'épique. Le "scandale historique" de la loi salique sert de moteur au conflit et interroge la légitimité du pouvoir et la place des femmes dans la succession royale. L'œuvre résonne particulièrement à travers le personnage de la comtesse de Salisbury, figure de résistance face au harcèlement sexuel et à l'abus de pouvoir patriarcal. C'est une femme intelligente qui protège son honneur. La hargne belliqueuse des monarques, qui cherchent la gloire à coups de forfanteries bravaches, reflète une recherche constante de pouvoir absolu. La pièce souligne également un conflit de valeurs entre la noblesse, attachée à ses principes moraux, et une bourgeoisie matérialiste représentée par les habitants de Calais. Enfin, le passage de la passion amoureuse aveugle à la sagesse politique d'un roi vieillissant suscite une réflexion profonde sur les paradoxes de la condition humaine.

"Cette pièce-là, je la monte avec l'âme d'un adolescent." Cédric Gourmelon

Une mise en scène épurée qui privilégie le texte... et moins le jeu

La scénographie de Mathieu Lorry-Dupuy repose sur un dispositif minimaliste : un mur de bois blond est le simple décor des intrigues de cour pour conquérir la comtesse. Il s'ouvre peu à peu pour passer de l'histoire d'amour et de désir à des scènes de batailles stylisées par le brouillard et la poussière. Les costumes de Sabine Siegwalt renforcent ce mélange d'époques : armures noires et coupe-vent de réfugiés, bourgeois en sous-vêtements, nobles en costumes modernes. Vincent Guédon campe un Édouard III aux mille visages, passant de l'amant fou au souverain grave. Zakary Bairi est un Prince Noir incarné à la voix puissante et ferme, tandis que Guillaume Cantillon campe un roi Jean de France présomptueux et téméraire. Le reste de la distribution est plus inégal. La mise en scène privilégie la clarté de la diction au détriment du jeu, avec de nombreuses séquences déclamatoires et statiques où les acteurs font face au public sans interagir, ce qui prive l'action de nuance et de finesse. La succession de saynettes manque aussi de fluidité, comme de courts dialogues qui s'enchaînent un peu machinalement.

Portrait de Cédric Gourmelon

Formé à l’école du Théâtre National de Bretagne dans les années 90, Cédric Gourmelon est metteur en scène et comédien. Son parcours est marqué par une fascination pour les textes majeurs, de Jean Genet - dont il a monté quatre pièces - aux tragédies classiques de Sénèque. Son style se caractérise par un profond respect du texte original tout en s'autorisant une grande liberté artistique dans le travail de plateau. Après avoir mis en scène Édouard II de Christopher Marlowe, il voit dans Édouard III une suite naturelle et un "mariage" idéal entre les styles de Shakespeare et de Marlowe. Lauréat de la Villa Médicis Hors les murs en 2013, il a travaillé à l'international, notamment en Russie et au Maroc. Parmi ses créations figurent Liberté à Brême de Fassbinder et Haute Surveillance de Genet à la Comédie-Française. Cédric Gourmelon dirige la Comédie de Béthune depuis 2021.
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William Shakespeare texte
Jean-Michel Déprats, Jean-Pierre Vincent traduction
Avec Zakary Bairi, Laurent Barbot, Jessim Belfar, Marc Bertin, Vladislav Botnaru, Guillaume Cantillon, Victor Hugo Dos Santos Pereira, Vincent Guédon, Manon Guilluy, Fanny Kervarec

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22/1/2026
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22/2/2026
Théâtre de La Tempête
La Cartoucherie - Route du Champ de Manœuvre 75012 Paris
Du mardi au samedi à 20 h, dimanche à 16 h - Durée : 3 h 10 avec entracte
Photos © Simon Gosselin
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