Exposition Lee Miller au Musée d'Art Moderne de Paris
Superbe rétrospective d'une immense photographe du XXe siècle au Musée d'Art Moderne de Paris ! Déterminée et engagée, Lee Miller est passée de la mode au surréalisme, puis à la photographie de voyage avant d'être l'une des rares correspondantes de guerre à rendre compte des horreurs et des séquelles de la Seconde Guerre mondiale.
La carrière hors normes de Lee Miller au Musée d'Art Moderne de Paris
- Lee Miller, mannequin, artiste et femme déterminée
- L'audace, le style et l'engagement
- Une rétrospective exceptionnelle

Un parcours artistique hors normes, des clichés de mode aux horreurs de la guerre
Née à Poughkeepsie, dans l'État de New York, Lee Miller (1907-1977) commence sa carrière de manière éclatante comme l'un des mannequins les plus en vue du New York des années 20. D'une beauté androgyne séduisante, elle incarne l'archétype de la femme moderne, active et émancipée. Mais Lee Miller refuse d'être limitée à son image de papier glacé et décide de passer de l'autre côté de l'objectif. En 1929, elle s'installe à Paris, la capitale des arts qu'elle affectionne tant. Elle débarque sans prévenir chez Man Ray et demande à devenir son apprentie. Quand ce dernier lui dit que ce n'est pas possible car il part pour un long voyage, elle lui rétorque de but en blanc : "je pars avec vous !"
Elle devient sa compagne et s'immerge dans l'avant-garde surréaliste. Elle jouera même un rôle de statue qui prend vie dans le film de Jean Cocteau, une métaphore parfaite de sa propre éclosion artistique. Elle retourne ensuite à New York pour ouvrir son propre studio, avant de partir en Égypte après son mariage avec Aziz Eloui Bey, Sa vie mondaine et luxueuse ne la satisfait pas, elle se sépare et revient en Europe aux côtés de son nouveau compagnon, le peintre britannique Roland Penrose. Le moment le plus décisif de sa carrière survient en 1942, lorsqu'elle devient l'une des rares femmes accréditées comme correspondante de guerre de l'armée américaine. Elle couvre le Blitz de Londres et la libération des camps nazis, avec des images qui laisseront des traces sur son état psychologique. Elle finit ses jours en Angleterre, à Farleys Farm House, après avoir mené une existence de ruptures brutales et de réinventions constantes : une femme éminemment libre.
Lee Miller, l'audace et l'engagement
Le talent de Lee Miller reflète une incroyable capacité à transformer la réalité en une expérience sensorielle et expressive. Initiée très jeune par son père aux secrets de la technique, elle possède une maîtrise qui lui permet, avec Man Ray, de redécouvrir la "solarisation", ce procédé qui crée des halos oniriques sur les clichés. Son style se caractérise par des cadrages audacieux, une attention particulière aux textures et un goût pour les rapprochements insolites. Pour dénoncer la violence du monde, elle évite le spectaculaire et s'attache à des détails signifiants du quotidien, comme une machine à écrire fracassée par une bombe, une botte et des munitions abandonnés sur un trottoir à Saint-Malo, ou le visage d'une belle jeune femme dans un café parisien dont la vitre est criblée de balles.
Pendant la guerre, elle se distingue des reportages classiques par un ton très personnel, mêlant parfois un humour noir typiquement surréaliste à une sensibilité profonde. C'est ainsi qu'elle se fait prendre en photos dans la baignoire de l'appartement d'Adolf Hitler à Munich. Sur le terrain des conflits, elle fait briller les infirmières, les chirurgiens, une plieuse de parachutes en plein travail au milieu des fils. La section consacrée aux clichés pris lors de la libération des camps de Dachau et Buchenwald est saisissante : la photographe insiste auprès de la rédaction de Vogue pour que l'horreur nazie soit révélée dans un télégramme qui affirme "BELIEVE IT!" Lee Miller a su imposer une vision d'autrice où l'expérimentation formelle cohabite avec un engagement politique et humain sincère, faisant d'elle l'une des photographes les plus importantes du XXe siècle.
"Je préfère prendre une photographie qu'en être une." Lee Miller
Une rétrospective exceptionnelle
Cette rétrospective est la plus importante consacrée à Lee Miller en France depuis vingt ans. Avec près de 250 tirages, dont plusieurs totalement inédits, elle est le fruit d'une collaboration internationale prestigieuse entre le Musée d'Art Moderne, la Tate Britain et l'Art Institute of Chicago. On y découvre toute la palette du talent d'une artiste longtemps restée dans l'ombre en tant que simple "muse" ou "égérie" de Man Ray ; ici, c'est son génie propre et sa contribution essentielle à la photographie moderne qui sont célébrés. Les photos rayonnantes de son séjour en Égypte, les portraits de ses amis artistes dans les années 50 (Picasso, Jean Dubuffet, Henry Moore, Wifredo Lam...) donnent à voir le génie de l'instant, du cadrage, de la lumière et de la composition. La scénographie, conçue comme une large allée irriguant des alcôves thématiques, permet une immersion totale dans son œuvre.
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George Hoyningen-Huene - Lee Miller en costume de plage, Paris (1930)
Joseph Cornell, Lee Miller Studios,New York (vers 1933) The Art Institute of Chicago
Modèle avec ampoule, Vogue Studio, Londres (vers 1943)
Homme amarrant une felouque, Égypte (1936)
Le photographe David E. Sherman habillé pour la guerre, Londres (1942)
Le Pont des soupirs, Lowndes Street, Londres (1940)
Dans un café : baie vitrée brisée par une balle, Paris (1944)
Pablo Picasso, villa La Californie, Cannes (1956)










