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Splendeurs du baroque au Musée Jacquemart-André

Profusion de chefs-d’œuvre absolus dans l'exposition Splendeurs du baroque au Musée Jacquemart-André : Greco, Velázquez, Zurbarán, Murillo... Mais aussi un regard historique sur la contribution de l'art à la puissance de l'Église catholique et d'une monarchie conquérante qui règne sur un empire planétaire.

26/3/2026
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2/8/2026
Musée Jacquemart-André

Superbe exposition Splendeurs du baroque au Musée Jacquemart-André

  • Le contexte historique : le siècle d'or espagnol
  • Un art explosif pour émouvoir et convaincre
  • Des chefs-d’œuvre de l'ensemble du monde hispanique
  • La Hispanic Society of America, un rêve d'Espagne à Manhattan
Exposition Splendeurs du baroque Musée Jacquemart-André, Paris
Diego Velázquez - Portrait de fillette (vers 1638-1642 - détail) Photo Hispanic Society of America

La splendeur planétaire du siècle d'or espagnol

L'exposition nous plonge dans l’une des époques les plus fascinantes et les plus glorieuses de l’histoire mondiale, une période de prospérité et d'influence culturelle sans précédent qui s'étend du XVIe au XVIIe siècle. Tout commence par un tournant décisif en 1492 : la prise de Grenade achève la Reconquista, unifiant la péninsule, tandis que le premier voyage de Christophe Colomb ouvre les portes d’un empire planétaire s'étendant de l’Europe aux Amériques et jusqu'en Asie avec les Philippines. Sous le règne des Habsbourg, de Charles Quint à Philippe IV, l’Espagne devient le centre névralgique d’un monde globalisé où les richesses, les idées et les artistes circulent. Cette domination politique s'accompagne d'une ferveur religieuse intense portée par la Contre-Réforme catholique, faisant de la peinture un outil de propagande royale et de dévotion spirituelle. C’est dans ce contexte de puissance absolue et de mysticisme que l’art espagnol atteint son apogée, porté par une monarchie qui utilise la splendeur visuelle pour affirmer sa légitimité sur ses vastes territoires. Jusqu’à la fin du XVIIe siècle, l’Espagne rayonne comme le foyer artistique majeur de l’Europe, attirant des créateurs de tout le continent pour nourrir une production d'une richesse inouïe.

L'art baroque, de la beauté explosive et désordonnée pour impacter

Le terme baroque vient du portugais "barroco" qui désigne à l'origine une perle irrégulière. L’art baroque hispanique se distingue par une esthétique de l’explosion et une intensité émotionnelle qui tranchent avec l'équilibre classique. Contrairement à un art "orthogonal" ou  pondéré, le baroque doit convaincre et émouvoir avec une force déclamatoire exceptionnelle, une gravité et un poids qui visent à frapper le regard autant que l'esprit du fidèle ou du sujet. Ce courant ne se contente pas de représenter le divin ; il l'incarne à travers des jeux d'ombres et de lumières dramatiques, hérités parfois du caravagisme ou de l'école vénitienne. La peinture baroque espagnole excelle particulièrement dans trois genres : la scène religieuse contemplative, la nature morte et, surtout, le portrait réaliste. Ce dernier connaît une révolution majeure en apportant une présence physique palpable du modèle, loin des figures froides de la Renaissance. Les grands maîtres comme Greco, Velázquez ou Zurbarán cherchent à capturer l'âme et la psychologie derrière les traits, créant des œuvres d’un réalisme si saisissant qu’elles pouvaient parfois effrayer par leur vérité. De son sublime portrait par Velázquez, le pape Léon X dira : " c'est vrai, trop vrai". C'est un art exalté, nourri d'influences italiennes et flamandes, profondément marqué par un symbolisme puissant et la volonté de rendre le spirituel visible à travers une matière picturale riche et vibrante.

"Le baroque doit convaincre et émouvoir ici et maintenant." Guillaume Kientz, Directeur de la Hispanic Society Museum & Library

Des chefs-d’œuvre espagnols et latino-américains

Le parcours réunit une quarantaine de chefs-d'œuvre exposés, pour la plupart, pour la première fois en France. On y admire les grands maîtres, à commencer par Greco, dont le style visionnaire et les figures étirées baignées d'une lumière surnaturelle captivent instantanément. Diego Velázquez, peintre officiel de Philippe IV, atteint des sommets de finesse psychologique avec des œuvres comme le splendide Portrait de jeune fille. Plus tard au XVIIe siècle, la sobriété magnifique de Francisco de Zurbarán illustre en majesté la ferveur des scènes religieuses avec ici deux superbes portraits de plain-pied : Sainte Lucie et Sainte Emérentienne. L’une des grandes forces de cette exposition est son ouverture sur l'ensemble du monde hispanique en incluant des productions d’Amérique latine des XVIIe et XVIIIe siècles. Ce dialogue entre les continents révèle comment le baroque s’est adapté aux cultures locales, dans un langage artistique métissé, témoignage des échanges techniques et esthétiques au sein de l'empire. On y découvre par exemple l'utilisation surprenante de la nacre dans certaines œuvres américaines, une technique qui rend les toiles scintillantes et surnaturelles à la lueur de la bougie. Ainsi, le parcours, conçu par les commissaires Guillaume Kientz et Pierre Curie, rend compte de la diversité et de la vitalité d'un art qui ne se limitait pas aux frontières de la péninsule ibérique.

La Hispanic Society of America, un "rêve d'Espagne"

La Hispanic Society of America est une institution new-yorkaise légendaire fondée en 1904 par le mécène Archer Milton Huntington. Passionné par la culture ibérique, cet érudit a consacré sa vie et sa fortune à rassembler une collection exceptionnelle comprenant des milliers de peintures, sculptures et manuscrits afin de créer un véritable "rêve d'Espagne" au cœur de Manhattan. Contrairement à d'autres collectionneurs, Huntington n'achetait pas pour lui-même, mais dans l'idée de bâtir un musée public dédié à l'étude des mondes hispanique et lusophone. Huntington était d'ailleurs un contemporain de Nélie Jacquemart, tous deux fréquentaient les mêmes marchands d'art avec une ambition commune : réunir le meilleur de la peinture européenne. Aujourd'hui, alors que les bâtiments historiques de la Hispanic Society à New York font l'objet d'une vaste rénovation, ses plus beaux chefs-d'œuvre ont pu traverser l'Atlantique pour cette présentation inédite.

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26/3/2026
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2/8/2026
Musée Jacquemart-André
158 boulevard Haussmann 75008 Paris
Du lundi au jeudi de 10 h à 18 h, vendredi de 10 h à 22 h, samedi et dimanche de 10 h à 19 h

Antonio Moro - Portrait d'homme(vers 1550)
E Greco - Saint Jacques le Majeur (vers 1595)
Artiste espagnol - Philippe II et ses enfants (vers 1581-1584 - détail)
Francisco de Zurbarán - Sainte Lucie (vers 1640-1645)

Photos © Culture First
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