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Nan Goldin - This Will Not End Well au Grand Palais

Au Grand Palais, sept diaporamas thématiques donnent un sublime aperçu de l'œuvre de la photographe américaine Nan Goldin. Une artiste engagée dont le regard sur les minorités et les marginaux prend une dimension contemplative, empathique et profondément humaine.

18/3/2026
-
21/6/2026
Grand Palais et Chapelle Saint-Louis de la Salpêtrière

Une immersion en diaporamas et vidéos dans les combats de Nan Goldin

  • Des chapelles où le spectateur s'abandonne dans la contemplation des différences
  • Six installations thématiques pour représenter ses "tribus"
  • Nan Goldin, photographe de l'empathie universelle
  • Une artiste engagée
Meilleures expositions Paris : Nan Goldin au Grand Palais
Brian and Nan in Kimono (1983) © Nan Goldin

Des chapelles sombres et mystérieuses pour une expérience contemplative

"J'ai toujours voulu être cinéaste", affirme Nan Goldin. Cette rétrospective est la première consacrée exclusivement à l’œuvre de l'artiste en tant que cinéaste, mettant en lumière ses célèbres diaporamas et vidéos plutôt que ses tirages photographiques classiques. Cette immersion dans l’intimité et les combats de l’artiste invite le spectateur à vivre une expérience collective et sensorielle intense au sein de "chapelles" obscures séparées par de hautes tentures noires qui dialoguent avec l'architecture imposante du lieu. L'architecte Hala Wardé a aussi voulu que le chemin d'entrée dans les pavillons crée un environnement sombre et mystérieux où le visiteur progresse à tâtons avant de s'abandonner dans la contemplation. Les bandes-son, très travaillées, accompagnent et rythment cette expérience avec de la musique, des morceaux pop connus, des enregistrements de répondeur téléphonique...

Le parcours : six installations thématiques pour représenter ses tribus

On découvre ainsi son chef-d’œuvre The Ballad of Sexual Dependency, chronique poignante de la vie bohème et de l'épidémie du sida construite entre 1981 et 2022 ; The Other Side, du nom d'un bar queer de Boston dans les années 70, un hommage vibrant à ses amis transgenres ; Memory Lost et Sirens, qui explorent les deux faces de l'addiction aux drogues, entre sevrage claustrophobe et extase sensuelle ; et enfin Stendhal Syndrome, qui fait dialoguer les maîtres de l'art classique avec les visages de ses proches pour interroger l'intense réaction que l'art peut provoquer.

L'exposition s'étend jusqu'à la chapelle Saint-Louis de la Salpêtrière, un lieu chargé d'histoire où est réactivée l'installation Sisters, Saints, Sibyls. Cette œuvre triptyque, conçue spécifiquement pour le lieu en 2004, traite du traumatisme familial et du suicide. Un sujet vécu dans sa chair par l'artiste qui vit sa sœur aînée Barbara se suicider à l'âge de 18 ans à force de rejet et d'incompréhension de sa famille.

Nan Goldin, photographe de l'empathie

Née en 1953 à Washington D.C., Nan Goldin est une figure légendaire qui a révolutionné la photographie contemporaine en abolissant la distance entre l'artiste et son sujet. Au lieu de se positionner comme observatrice, Nan Goldin travaille directement à partir de son vécu. Pour Fredrik Liew, commissaire de l'exposition, son œuvre reflète "ce que c'est d'être présent dans le monde, en voyant et sentant les autres, avec une empathie universelle plutôt qu'une fixation sur la différence". Sa vocation naît d'un drame personnel : le suicide de sa sœur Barbara à l'âge de 18 ans, événement qui la pousse à vouloir garder une trace irréfutable de ceux qu'elle aime pour ne pas les perdre. Son parcours de vie l'a portée très tôt vers des milieux différents, marginaux, indépendants et combatifs. Passionnée de cinéma, elle considère ses diaporamas comme de véritables films composés d’images fixes, rythmés par des bandes-son éclectiques allant d'Aznavour au Velvet Underground. Pour Fredrik Liew, Nan Goldin parle de "ce que c'est que d'être humain, d'exister dans ce monde". Elle documente sa "tribu", cette famille choisie évoluant en marge de la société, et aborde sans tabou les questions de genre, la sexualité, la drogue et la maladie. Avec toujours cette proximité émotionnelle, cette douceur aimante qui révèle la beauté et la noblesse des êtres, même dans les situations les plus sombres.

"Les artistes doivent être des révélateurs de la vérité, des procureurs." Nan Goldin

Nan Goldin, une artiste engagée

Nan Goldin mène une vie de combats. Elle a notamment fondé le groupe P.A.I.N. (Prescription Addiction Intervention Now) pour dénoncer la responsabilité de la famille Sackler dans les ravages provoqués par les opioïdes de leurs laboratoires Purdue Pharma. Elle a ainsi convaincu de nombreux musées de retirer les Sackler de la liste de leurs donateurs et sponsors. Une section de l'exposition intègre un travail en cours bouleversant sur le génocide à Gaza, témoignant de son besoin viscéral de documenter les tragédies contemporaines. Le film est composé de vidéos de témoignages, notamment de certains des 217 journalistes, pour l'essentiel palestiniens, assassinés pendant le conflit en représailles de leur détermination à raconter l'horreur vécue par les civils. Un sujet parmi tant d'autres rend compte de la cérémonie de remise des diplômes d'école primaire à des enfants d'un orphelinat à Gaza. Nobles et dignement vêtus, les enfants agitent un drapeau palestinien, mais ne peuvent retenir leurs larmes : la tristesse cruelle de ceux qui ont tout perdu, y compris le regard aimant et fier de leurs parents disparus. Qu'elle réside à Boston, New York ou Paris, Nan Goldin dénonce sans complaisance le cynisme des dirigeants et le silence complice des médias. Pour elle, la jeunesse est notre seul espoir aujourd'hui.

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18/3/2026
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21/6/2026
Grand Palais et Chapelle Saint-Louis de la Salpêtrière
Square Jean Perrin - 17 avenue du Général Eisenhower 75008 Paris
Du mardi au dimanche de 10 h à 19 h 30, vendredi jusqu'à 22 h

French Chris at the Drive-in, NJ (1979)
Untitled (1982)
Thomas as a ghost, Boston (1977)
C putting on her make-up at Second Tip, Bangkok (1992)

Photos © Nan Goldin
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