F*cking Future - Marco da Silva Ferreira à Chaillot
F*cking future est un spectacle entêtant de Marco da Silva Ferreira qui scrute dans des tableaux envoûtants l'effort physique intense des corps emportés par la musique techno. À Chaillot, le dispositif quadri-frontal propulse le spectateur dans la transe collective.
F*cking future : Marco da Silva Ferreira libère les forces du désir
- De la marche militaire à l'énergie débridée du clubbing
- La thématique : un manifeste contre l'uniformisation
- Portrait du chorégraphe Marco da Silva Ferreira

De la marche militaire au clubbing hypnotique
La scène est pensée comme un ring en quadri-frontal au sol miroir et glissant. Le spectacle commence dans un nuage de brume épais avec huit interprètes qui surgissent comme dans un défilé de mode, vêtus de débardeurs en cotte de mailles et de pantalons lamés. Au début, tout est extrêmement cadré : les danseurs évoluent comme un régiment, avec le torse bombé et des gestes saccadés, presque robotiques. Ce dispositif à 360° permet une sorte d'observation clinique où l'on scrute l'effort physique intense des corps sous tous les angles. Peu à peu, la musique techno percutante de Rui Lima et Sérgio Martins monte en puissance, et cette discipline martiale se fissure. Les corps délaissent la marche militaire pour des mouvements fluides qui fusionnent le hip-hop, le krump et le clubbing dans une sorte de pas de patinage hypnotique sur le sol luisant. La transe collective finit par briser le quatrième mur lorsque les danseurs se jettent littéralement dans le public.
La thématique : un manifeste contre l'uniformisation
Le titre F*cking Future est un cri punk et décomplexé qui cherche à dépasser le pessimisme ambiant pour entrevoir de nouvelles possibilités pour l'être humain. Le spectacle fait ressentir la tension entre l'injonction à l'efficacité et le désir d'émancipation, transformant progressivement une armée rigide en une communauté solidaire et diverse. La pièce interroge la standardisation de nos corps et le retour d'un patriarcat toxique, en faisant écho à l'histoire de la dictature portugaise. On y voit aussi une dimension érotique et queer qui balaye les stéréotypes de la virilité et de la force pour les fondre dans une vision plus émancipée et bien plus nuancée des corps et de l'apparence. En nous exposant à cette vulnérabilité physique totale sur scène, le chorégraphe nous demande si l'on peut encore résister à l'uniformisation, même au cœur de la fête.
"Dans mon travail chorégraphique, j’ai coutume de célébrer la diversité de mes interprètes, l’historicité de leurs corps." Marco da Silva Ferreira
Portrait du chorégraphe Marco da Silva Ferreira
Né en 1986 au Portugal, Marco da Silva Ferreira a d'abord été nageur de haut niveau. Diplômé en kinésithérapie, il a une connaissance très fine de l'anatomie qui imprègne toute sa gestuelle. C’est un pur autodidacte qui s'est formé dans la rue et en regardant MTV avant de devenir célèbre en remportant la version portugaise de So You Think You Can Dance en 2010. Pour lui, l'exploit physique à l'école a été un moyen d'affirmation et d'acceptation sociale de son orientation sexuelle. Son écriture est un métissage incroyable de danses urbaines, de kuduro angolais et de folklore portugais. Après des succès mondiaux comme BROTHER ou CARCAÇA, il est devenu un chorégraphe contemporain reconnu, aujourd'hui artiste associé à la Maison de la Danse de Lyon. Il continue de travailler avec sa "famille" d'interprètes pour créer des fresques sociales vibrantes où la danse est un outil pour affronter nos peurs et apporter de l'espoir.
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Marco da Silva Ferreira direction artistique et chorégraphie
Avec Catarina Casqueiro, Eríc Amorim dos Santos, Fábio Krayze, Doisy Bryan, Marco da Silva Ferreira, Matias Rocha Moura, Max Makowski, Nala Revlon
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