C'est si simple l'amour - Lars Norén / Charles Berling au Théâtre de l'Atelier
C'est si simple l'amour ? Lars Norén manie l'ironie pour révéler les faiblesses du couple
- L'intrigue de la pièce : un huis clos électrique à Stockholm
- Les thèmes de la pièce : un regard lucide sur le couple et sur un certain milieu bourgeois
- Une mise en scène crépusculaire et immersive
- Portrait de Lars Norén, le géant du théâtre suédois contemporain

L'intrigue de la pièce : un huis clos électrique à Stockholm
Alma (Bérengère Warluzel) et Robert (Charles Berling) forment un couple de comédiens célèbres à la ville comme à la scène. Après une première représentation triomphale de leur nouvelle pièce, ils reçoivent chez eux un autre couple d'amis : Hedda (Caroline Proust), une actrice dont la carrière stagne, et son mari Jonas (Alain Fromager), un psychologue au mutisme inquiétant. Ce qui débute comme une célébration mondaine bascule rapidement sous l'influence de l'alcool qui coule à flots. Les langues se délient, les inhibitions tombent et la soirée vire au règlement de comptes féroce. Dans ce salon bourgeois qui devient un véritable champ de bataille, les quatre protagonistes s'étripent avec une virulence extrême jusqu'au petit matin.
Les thèmes de la pièce : un regard lucide sur le couple et sur un certain milieu bourgeois
Au-delà de la dispute, "C'est si simple l'amour" est une exploration sans concession d'un milieu bourgeois en décomposition. La pièce fait partie du cycle des quatorze "Pièces de mort" (De döda pjäserna) écrites entre 1989 et 1995. Lars Norén y parle du temps qui passe, de la mort, de la disparition de l'État-providence. L'auteur y aborde en profondeur des thèmes universels : la solitude, la jalousie dévorante, les désirs inassouvis et les névroses parentales, la douleur due à l'absence d'enfant. Le titre lui-même est une ironie cruelle, car rien n'est simple dans cet amour noir. Norén utilise le théâtre comme un miroir pour démonter nos illusions. Pourtant, malgré la noirceur du propos, un humour libérateur surgit souvent au cœur du drame. Le message est clair : dans ce grand déballage, il n'y a pas de vainqueur, seulement des vaincus qui tentent de survivre à leurs propres frustrations.
"Norén est un dramaturge génial. Avec des dialogues apparemment anodins, il fait apparaître l’inconscient des relations." Charles Berling
Une mise en scène crépusculaire et immersive
Charles Berling propose une mise en scène crépusculaire dans une scénographie immersive : des spectateurs sont parfois invités à s'asseoir directement sur scène, devenant des témoins silencieux du drame qui se joue à leurs côtés. Les comédiens livrent des performances magistrales : Charles Berling incarne un Robert de plus en plus tendu, Bérengère Warluzel est une Alma d'une force délicate, tandis que Caroline Proust est bouleversante en Hedda. Dans son rôle complexe de Jonas, Alain Fromager est d'une grande justesse. Le rythme effréné est porté par des dialogues incisifs et des phrases courtes qui nous conduisent au bord du précipice. Le décor, entre réalisme et jeu de miroirs, souligne la dualité entre l'apparence sociale et la réalité intime.
Portrait de Lars Norén : le géant du théâtre suédois contemporain
D'abord poète et romancier, Lars Norén (1944-2021) se tourne vers le théâtre à la fin des années 70 et devient l'héritier spirituel de Strindberg et Tchekhov. Avec plus de cent pièces à son actif, il a marqué l'histoire par ses "pièces d'hôtel" autobiographiques comme "La nuit est mère du jour" et ses huis clos bourgeois tels que "Démons" ou "Lost and Found", une autre œuvre de Norén explorant les crises familiales donnée en parallèle au Théâtre de l'Atelier. Son style se caractérise par une productivité hors norme et une recherche constante de nouvelles formes de langage où les mots simples s'enchaînent en cascade pour arriver à une véritable ébullition dramatique. Vers la fin de sa vie, son théâtre est devenu plus politique et social, donnant la parole aux marginaux et aux exclus. Disparu des suites de la Covid-19, il laisse une œuvre visionnaire qui capture l'essence de la violence humaine avec une précision chirurgicale.
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Lars Norén texte
Charles Berling mise en scène
Alain Fromager et Amélie Wendling adaptation
Avec Charles Berling, Alain Fromager, Caroline Proust et Bérengère Warluzel
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