Saigner des genoux, d'Igor Kovalsky
Igor Kovalsky propose une comédie douce-amère très inventive sur la difficulté de vivre d'un groupe d'adolescents et leur professeure de maths. Chansons, effets de lumière et jeu d'acteurs confondant de vérité font de ce spectacle une belle découverte.
Saigner des genoux, l'adolescence et la transmission vues par Igor Kovalsky
- La vie à cent à l'heure d'adolescents de 3e et les tourments de leur prof de maths
- Une comédie douce-amère, inventive et surprenante
- Igor Kovalsky, un talent à suivre

Des ados qui vivent, rient, s'aiment et souffrent
Le premier tableau de la pièce annonce le drame de la fin : dans une lumière caravagesque, la professeure de maths va s'immoler par le feu dans la cour du collège. Flash-back ensuite sur un groupe d'adolescents de classe de 3e. Marius est "le bizut balèze qui est con comme un balai. " Un garçon irritable et complexé qui peine à explorer sa sexualité. Eau veut chanter, elle va être admise à The Voice Kids. Elle déborde d'émotivité, elle s'appelle Eau, "comme l'élément qui fait chialer le monde". Doom s'est fait "tej" (jeter) de son précédent collège. C'est un garçon sensible, malicieux, affectueux sous couvert de bagarreur. Yulizh est la fille un peu gauche, la loser de la classe et son souffre-douleur, elle résiste malgré tout à la violence et la cruauté naturelles des adolescents. Madame Canosse incarne merveilleusement toute la difficulté de la profession d'enseignant : la solitude, les conflits sournois avec les élèves, la motivation qui vacille malgré toute la beauté de la vocation : "L'école, ça peut tous les sauver. C'est peut-être ça qui fait que les profs s'accrochent jusqu'au bout."
Une mise en scène bourrée d'idées pour une comédie douce-amère
La pièce navigue avec une superbe dextérité entre scènes de classe, rires et clashes entre adolescents, amours naissantes et confrontations. Le récit narratif est entrecoupé, de manière étonnamment fluide et naturelle, par des chansons et des danses sur musique rap, des moments surréalistes et oniriques (la télépathie impulsée en voix off par Yulizh, mémorable !), des interactions avec le public comme dans un stand-up et des témoignages personnels particulièrement poignants. La langue est manifestement celle d'ados qui ne viennent pas des beaux quartiers, encore que... Ça crie, ça parle vite, c'est souvent cru et sans doute réaliste, même si la comédie porte un peu à l'excès. Quoi qu'il en soit, on reste confondus par l'aisance de jeu des comédiens, parfaitement dirigés par Igor Kovalsky. On rit beaucoup aux dialogues pleins d'esprit, mais le rire est inquiet. Le résultat : 1 h 15 de tourbillon comique et émotionnel qui fait réfléchir durablement à des sujets brûlants : l'éveil des jeunes, le difficile passage à l'âge adulte, la souffrance des enseignants.
"Les personnages de Saigner des genoux parlent comme ils vivraient : avec la spontanéité, l’humour, la tendresse, et parfois la brutalité propre à cette génération." Igor Kovalsky
Igor Kovalsky, un talent à suivre
Comédien et metteur en scène, Igor Kovalsky s'est formé à l'écriture de scénario, puis au théâtre au Conservatoire et au Cours Florent. Depuis ses débuts en 2017, son jeu a été remarqué pour son naturel et son intensité. Avec Saigner des genoux, il signe son premier texte dramaturgique et sa première mise en scène de théâtre. "J'ai voulu créer une forme originale, qui intègre des codes urbains qui me sont propres, tels que la musique, le langage ou encore le rap, des éléments encore peu présents dans le paysage théâtral". Cette pièce démontre un talent évident pour la direction d'acteurs, juste et précise, et le mélange savamment dosé du texte avec les éléments visuels et musicaux. Il parvient ainsi à parler à tous : aux ados eux-mêmes, aux jeunes, aux moins jeunes aussi. À suivre !
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Igor Kovalsky texte et mise en scène
Mélissa Polonie Eau
Océane Gagneux-Lagrèze Yulizh
Margaux Germay Madame Canosse
Loïc Azorin Marius
Denez Raoul Doom
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