Je suis blanc et je vous merde - Soeuf Elbadawi
Soeuf Elbadawi compose un thriller politique et poétique où les intrigues et jeux d'influence rappellent les traumatismes de l'ère coloniale. Je suis blanc et je vous merde, un pamphlet pas comme les autres au Théâtre des Quartiers d'Ivry.
Je suis blanc et je vous merde, un thriller politique post-colonial
- Un thriller politique qui dévoile les dessous de la diplomatie française
- Mémoire du colonialisme et hypocrisie d'une nation souveraine
- Une scénpgraphie sobre et ingénieuse
- Soeuf Elbadawi

L'histoire : aux Comores, un thriller politique
L'action se déroule à Moroni, la capitale des Comores, principalement dans l'enceinte étouffante d'un commissariat central. Gaucel, un citoyen français arrivé clandestinement aux Comores, est interpellé à la sortie d'une boîte de nuit nommée la Rose Noire, puis mis en garde à vue au commissariat. Dans cette discothèque, il a sympathisé (sans le savoir ?) avec des opposants au régime. La ville gronde de rumeurs d'un coup d'État imminent et les autorités le soupçonnent d'être un espion agissant pour le compte de la France. Dans ce thriller politique en huis clos, les destins s'entrecroisent : l'inspecteur Odra, hanté par la mort de son père envoyé combattre pendant la guerre d'Algérie, le commissaire corrompu Tshapa et Nkaro, un détenu rescapé de l'époque des mercenaires de la DGSE française. On y croise également Djamila Disco, une prostituée au verbe fort et au caractère bien trempé, en quête d'une vie meilleure, et Marie-Madeleine, une diplomate française à la main de fer qui cherche à étouffer l'affaire. Le secret le mieux gardé de la République française...
Le thème de la pièce : les traces persistantes du colonialisme
Dans cette pièce de Soeuf Elbadawi, le blanc n'est plus une simple couleur de peau, c'est un symbole historique de domination et de violence. Un "djin" qui s'immisce subrepticement dans la vie des gens pour tout dérober et disparaître aussitôt. L'imaginaire des personnages est encore marqué par les traces du colonialisme . Dans un style drôle et acerbe mêlé d'amertume, l'auteur dénonce l'hypocrisie d'une souveraineté malmenée qui donne à l'Ambassade de France à Moroni un pouvoir surdimensionné. À travers les références au Coran et au shinduwantsi, une poétique comorienne née du silence, le texte traite de la difficulté de transmettre une mémoire claire aux nouvelles générations face aux jeux de pouvoir et d'influence. L'islam n'est pas épargné par cette critique du faux-semblant où les mosquées sont vides de cœurs sincères. Le texte est riche, poétique, chargé de symboles, ce qui le rend parfois difficile à assimiler malgré la performance honorable des acteurs. On pourrait, peut-être, dire beaucoup plus en disant moins afin de laisser plus d'espace et de respiration pour l'interprétation du public...
La relativité du blanc : chacun a le sien.
Une scénographie sobre et ingénieuse
Dans la scénographie de Margot Clavières, le décor tournant permet de passer des cellules infestées de moustiques au bureau intimidant du commissaire. L'espace central est divisé par un mur en tulle, jouant sur la transparence et l'opacité pour faire apparaître les ombres et les fantômes des détenus qui se parlent sans se voir. La lumière de Matthieu Bassahon accentue les ambiguïtés de la relation post-coloniale, tandis que la bande-son de Maxime Imbert restitue la rumeur inquiétante d'un Moroni en ébullition. Philippe Richard incarne un Gaucel très juste, on ne sait jamais si c'est du lard ou du cochon. Yaya Mbilé Bitang, dans le rôle de Disco, est formidable d'humanité et de sincérité, elle est irrésistible dans son parler africain du continent qui ne s'embarrasse pas de précautions pour réclamer au commissaire son "blanc qui va la sortir de ce trou à rats".
Soeuf Elbadawi
Né en 1970 à Moroni, Soeuf Elbadawi a débuté dans le journalisme à RFI et pour la revue Africultures. Formé à l'école de la Rue Blanche, il se revendique d'un théâtre citoyen et utilise son art pour dénoncer les injustices sociales héritées du colonialisme. Il a fondé il ya plus de quinze ans sa compagnie, BillKiss, qui a notamment bénéficié d'une résidence de trois ans à Uzerche pour expérimenter une "poétique citoyenne". Son écriture poétique et exigeante privilégie les fragments et les ellipses pour nuancer les récits officiels. Parmi ses œuvres phares figurent Moroni Blues, et Un dhikri pour nos morts, prix littéraire des lycéens en Île-de-France. Ses textes récents, comme Obsession(s), Remix et Je suis blanc et je vous merde, confirment son engagement.
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Soeuf Elbadawi texte et mise en scène
Avec Fargass Assandé, Yaya Mbilé Bitang, Dédé Duguet, Soeuf Elbadawi, Diariétou Keita, Philippe Richard
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