Le Horla, d'après Guy de Maupassant
Jason Barrio incarne dans un seul en scène intense le Horla, ce mystérieux personnage de Maupassant qui sombre dans la folie. Dans une scénographie très simple, le jeu, la musique et la proximité avec le public rendent cette déchéance intime et palpable.
Le Horla, chef-d'œuvre illuminé de Maupassant, dans une configuration intimiste au théâtre
- Un mystérieux personnage sombre dans la paranoïa et la folie
- Une œuvre emblématique du style enflammé de Maupassant
- Une adaptation immersive qui rend la déliquescence presque palpable
- Maupassant, un génie de la littérature du XIXe siècle

Le Horla, plongée sans retour dans la paranoïa et la folie
Tout commence sur le port de Rouen : notre héros, un aristocrate dont on ne connaît pas le nom, aperçoit un trois-mâts brésilien. Dès lors, une sensation d’oppression ne le quitte plus. Le protagoniste se sent traqué par une présence invisible, une entité qu’il finit par baptiser "le Horla". Ce "double" mystérieux semble aspirer sa vitalité et prendre possession de son esprit pendant son sommeil. Le récit suit la dégradation psychologique de cet homme qui tente de raisonner ses peurs par la logique, sans succès : il sombre inexorablement dans la paranoïa. Entre hallucinations et moments de lucidité tragique, l'intrigue nous entraîne dans un huis clos mental étouffant, où la frontière entre la réalité et le fantastique s'efface jusqu'à l'inéluctable basculement final.
Un chef-d'œuvre d'une rare intensité de Maupassant
Publié en 1887, "Le Horla" est l'un des chefs-d'œuvre de la littérature fantastique française. Guy de Maupassant y déploie un style précis et réaliste pour décrire l'indicible, souvent sous la forme du journal intime pour renforcer l'immersion du lecteur dans la folie du narrateur. Cette œuvre marque un tournant crucial dans la production de l’auteur : elle délaisse le réalisme social de romans comme "Bel-Ami" ou "La Maison Tellier" pour explorer les zones d'ombre de la psyché humaine. La nouvelle se fait l'écho des recherches scientifiques de l'époque sur l'hypnose et le magnétisme. Le texte est indissociable de la biographie de Maupassant qui, atteint de syphilis, commençait lui-même à souffrir de troubles neurologiques et d'hallucinations.
"Aujourd'hui, la science-fiction et le fantastique ont envahi l’imaginaire des géants de la tech, mêlant transhumanisme et fin du monde." Jason Barrio
La mise en scène : immersion dans une vision presque clinique
La Compagnie Théâtre-Machine fait le choix de moderniser la langue pour un impact plus contemporain. Sous la direction de Baptiste Dezerces et Jason Barrio, le texte a été actualisé : si la poésie de Maupassant demeure, les tournures désuètes ont été gommées pour rendre le propos plus immédiat. Sur scène, le dispositif est réduit à l'essentiel - un lit, une table de nuit, une chaise - le décor d'une chambre d'enfant retrouvée. Seul en scène, Jason Barrio incarne cet anti-héros contemporain avec une intensité qui mêle précision de l'analyse et lyrisme des hallucinations. Sa diction est limpide et tranchante de bout en bout, comme s'il était un psychiatre qui s'auto-scrute dans ses délires. Une création sonore organique de Quentin Marlier matérialise les hallucinations du personnage, pour mieux entendre les rêves et les peurs du protagoniste.
Guy de Maupassant, examinateur de la nature humaine
Guy de Maupassant (1850-1893) est l'un des écrivains français les plus prolifiques de la seconde moitié du XIXe siècle. Protégé de Gustave Flaubert, il a bâti en seulement une décennie une œuvre monumentale comprenant six romans et plus de trois cents nouvelles. Son style, caractérisé par une économie de moyens, brille par une précision acérée et une observation impitoyable de la nature humaine. Maître du réalisme avec des œuvres comme "Boule de Suif", "La Maison Tellier" ou "Bel-Ami", il excelle également dans le registre fantastique et cruel. Sa vie fut marquée par une ascension sociale rapide à Paris, une passion pour l'aviron et une fin de vie tragique. Rongé par la maladie, il meurt prématurément à quarante-trois ans dans une clinique, après avoir sombré dans une folie qu'il avait si lucidement décrite dans ses écrits. Il laisse derrière lui une influence durable après avoir porté l'art de la nouvelle à un niveau de perfection rarement égalé.
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Jason Barrio et Baptiste Dezerces adaptation et mise en scène
Avec Jason Barrio
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