Leonora Carrington au Musée du Luxembourg
Le Musée du Luxembourg propose la première exposition entièrement consacrée à Leonora Carrington. L'univers fascinant et fantastique d'une chercheuse spirituelle radicale, pionnière du féminisme et de la défense de la Nature.
Redécouverte de Leonora Carrington, figure majeure du surréalisme
- Une vie de rébellion et d'exil marquée par une expérience traumatisante
- Leonora Carrington, une artiste totale et visionnaire
- Le parcours de l'exposition : un voyage intérieur en six étapes
- Un événement d'ampleur qui rend justice à une artiste majeure

Une vie de rébellion et d'exil marquée par une expérience traumatisante
Née dans une famille industrielle aisée du Lancashire en Angleterre, Leonora Carrington (1917-2011) rejette dès l'enfance les codes rigides de la haute société britannique pour embrasser sa vocation artistique. Renvoyée de plusieurs écoles catholiques, elle étudie l'art à Florence et Londres, où elle découvre le surréalisme en 1936 à l'International Surrealist Exhibition. Sa rencontre avec Max Ernst en 1937 transforme son destin : elle s'enfuit avec lui en France, à Paris puis à Saint-Martin-d'Ardèche, où ils créent une "œuvre d’art totale" dans leur maison du XVIIe qu'ils ont soigneusement rénovée. Ernst place des sculptures et des bas-reliefs sur les murs, Carrington peint meubles et portes. La Seconde Guerre mondiale brise cette idylle. Max Ernst, malgré sa totale opposition au nazisme, est interné au camp des Milles près d'Aix-en-Provence. Leonora Carrington fuit en Espagne. À Madrid, elle est violée par des soldats franquistes, avant d'être internée à la demande de ses parents dans une clinique psychiatrique à Santander où elle subit des traitements brutaux. Cette expérience extrême, qu'elle racontera dans son récit En Bas, marque durablement son œuvre. En 1941, elle parvient à rejoindre New York où elle retrouve les Surréalistes en exil, puis s'établit définitivement au Mexique. Elle y devient une artiste culte, entourée d'une communauté d'exilés comme Remedios Varo et Chiki Weisz qu'elle épousera.
Leonora Carrington, une "artiste totale" et visionnaire
L'œuvre de Leonora Carrington fusionne peinture, littérature, sculpture et ésotérisme dans un univers onirique et troublant peuplé de figures fantastiques. Dès l'âge de 15 ans, lors de son séjour à Florence, elle produit une série d'aquarelles, Sisters of the Moon, qui frappe par sa maîtrise technique : un monde de sorcières, de diseuses de bonne aventure, de mages, de dragons, d’animaux terribles. Leonora Carrington utilise souvent la tempera à l’œuf, une technique médiévale qui donne à ses toiles des tons chatoyants et une précision rappelant les maîtres de la Renaissance ou Jérôme Bosch. Elle puise ses influences dans les contes celtiques de son enfance (sa mère est irlandaise), la littérature fantastique, la kabbale, tradition ésotérique du Judaïsme, et lebouddhisme tibétain. Dans l'esprit de l'artiste, l'humain et l'animal fusionnent : elle se décrit elle-même comme un "animal-humain-femelle". Longtemps restée dans l'ombre de ses homologues masculins en Europe, Leonora Carrington est désormais célébrée comme une créatrice radicale dont l'héritage invite à une relecture moderne du monde, axée sur la protection de la vie et le pouvoir de l'imaginaire.
"Alors que la civilisation avance à grands pas vers la destruction absolue de la Terre, vers le suicide collectif, aveugle, de tous les êtres vivants, le dernier espoir réside dans un acte de volonté : sortir de ce piège mécanique et dire non." L. Carrington
Le parcours de l'exposition : un voyage intérieur en six étapes
Six sections thématiques retracent l'itinéraire artistique et spirituel de l'artiste. La première, "Aux origines d’un grand tour intérieur", présente ses premiers dessins d'enfant et la série d'aquarelles Sisters of the Moon, révélant un goût précoce pour le fantastique. La deuxième, "La Mariée du Vent", a pour titre le surnom que lui donnait Max Ernst. Elle explore sa période surréaliste française avec des œuvres comme Double Portrait où elle et Max Ernst sont les visages d'animaux étranges. La section "Dépaysement" marque son arrivée au Mexique et l'influence de la maternité. Une période très influencée par la peinture italienne, illustrée par des toiles majeures telles que Artes 110 et Le Bon Roi Dagobert. Le parcours se poursuit avec "Le voyage de l’héroïne", centré sur sa quête de connaissance de soi et de l'éveil de la conscience. On y trouve ses cartographies mystiques comme la célèbre Map of the Human Animal. La section "L’obscurité lumineuse" plonge dans les sciences occultes avec notamment The Burning of Giordano Bruno. Enfin, "Cuisine alchimique" montre comment Carrington transforme la préparation des repas en rite magique, avec des œuvres symboliques comme Dando de comer a una mesa. La cuisine devient un espace où les femmes peuvent retrouver leur pouvoir grâce à la magie et la sorcellerie.
La première exposition entièrement consacrée à Leonora Carrington
Le Musée du Luxembourg propose la première exposition d’envergure en France uniquement consacrée à Leonora Carrington, dont le travail n'avait été présenté que de manière fragmentaire ou collective en Europe. L'artiste est présentée comme une "Femme de Vitruve", un modèle en matière d’innovation et d’harmonie, en réponse à l’Homme de Vitruve de Léonard de Vinci, symbole de la perfection et de l’Homme comme centre de ll’univers. La scénographie claire et fluide est aussi éco-responsable, utilisant des matériaux de réemploi et des éclairages LED pour minimiser son impact environnemental, en accord avec les convictions écologistes de l'artiste. Cet événement permet enfin de reconnaître Carrington comme une chercheuse spirituelle radicale et une pionnière du féminisme et de la défense de la Nature.
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Dando de comer a una mesa (1959) Coll. particulière
Double portrait - Autoportrait avec Max Ernst (1938) Coll. particulière © Courtesy Gallery Wendi Norris, San Francisco
La joie de patinage (1941) Collection Pérez Simón © Collection Pérez Simón / courtesy Christie’s, New York
The Lovers (1987) © Courtesy Gallery Wendi Norris, San Francisco


