Les expositions à voir aux Rencontres de la Photographie d'Arles 2026
Événement incontournable de la photographie, les Rencontres d'Arles se placent en 2026 sous le signe de la diversité des cultures, avec une large sélection consacrée notamment à l'Afrique. La ligne éditoriale intitulée "Des mondes à relire" invite le public à embrasser la complexité du réel plutôt qu’à le simplifier. C'est une édition de grande qualité, avec des expositions remarquables.
Les expositions dont on parle le plus aux Rencontres de la Photographie
- Ghana ! Rêver l'indépendance 1957-76 - Palais de l'Archevêché
- Paul Kodjo - Photoromance - La Croisière
- William Klein - This Way to Heaven - Chapelle du Museon Arlaten
- Harry Gruyaert - A Sense of Place - Chapelle Saint-Martin du Méjan
- Martine Barrat - Soul of the City - Espace Van Gogh
- L'image cannibale - Chapelle de la Charité
- Nous ne sommes pas seuls - Images extraterrestres - Croisière
- Charlotte Yonga - (TSY) Possible - Espace Monoprix
- Lara Tabet et Yasmine Chemali - Le Corps vitré - Cloître Saint-Trophime
- Park Chan-wook - Par un matin calme – Fondation Lee Ufan
- Rétrospective Alain Keler - Les Douches Municipales

Ghana ! Rêver l'indépendance 1957-76

L’exposition explore l’effervescence culturelle du Ghana suite à son émancipation de la tutelle britannique en 1957. Le pays, ex-Golden Coast, est en effet le premier pays d’Afrique sub-saharienne à accéder à l’indépendance. Sous l’impulsion du leader panafricaniste Kwame Nkrumah, la photographie devient un outil politique et social crucial pour forger une identité nationale propre, aux antipodes de l’iconographie coloniale. L’exposition se déploie à travers une multitude de supports : livres de photographies, magazines illustrés, timbres, billets de banque et textiles, témoignant d'une nation en pleine mutation. Parmi les artistes phares, on retrouve l’Américain Paul Strand, connu pour ses portraits de villes et de campagnes, et James Barnor, témoin de la modernité ghanéenne. L’exposition met également en lumière l’œuvre de Felicia Abban, première photographe professionnelle du pays, ainsi que la collaboration entre le photographe Willis E. Bell et la dramaturge Efua Sutherland. Les archives dialoguent avec la création contemporaine. Des artistes nés dans les années 1990, comme Carlos Idun-Tawiah, réinventent les "images manquantes" de cette époque par des mises en scène nostalgiques, tandis que Rita Mawuena Benissan réinterprète les symboles nationaux par la broderie. Un récit vivant, entre mémoire et espoir. > Croisière
Paul Kodjo - Photoromance

Autre visage de l'Afrique post-coloniale, la production des années 1970 à Abidjan de Paul Kodjo, figure majeure de la photographie ivoirienne. Le parcours de photoroman mêle des intrigues sentimentales, initialement publiées dans l’hebdomadaire Ivoire Dimanche, à un corpus documentaire plus large. Parmi les clichés les plus représentatifs, la série Les Soirées dansantes, les nuits festives, les modes vestimentaires et les sociabilités urbaines de l'époque dans un langage cinématographique qui témoigne des transformations sociales et de la modernisation du pays.
> Palais de l'Archevêché
William Klein - This Way to Heaven

À l'occasion du centenaire de la naissance de William Klein (1926-2022), peintre, graphiste, photographe et réalisateur de cinéma, cette rétrospective majeure explore le versant ouvertement politique et caustique de l'artiste, son regard critique sur la société américaine, la consommation et les médias. Parmi les œuvres-phares figurent la maquette originale du livre culte New York (1956) et le cliché Wings of The Hawk. L'exposition accorde une place centrale à son œuvre cinématographique des années 1960, notamment les films satiriques Qui êtes-vous Polly Maggoo ?, qui démythifie le monde de la mode, et Mister Freedom, une caricature du super-héros américain. Des raretés, comme ses planches-contact peintes ou le court-métrage Broadway by Light, illustrent sa formidable puissance d'invention plastique.
> Chapelle du Museon Arlaten - FERMÉE TEMPORAIREMENT
Harry Gruyaert - A Sense of Place

Avec l’aimable autorisation de l’artiste et de Gallery FIFTY ONE, Anvers
Conçue comme un travelling urbain, cette exposition explore plus de cinquante ans de carrière du photographe belge Harry Gruyaert dans des métropoles mondiales comme New York, Paris ou Tokyo. Né à Anvers, il étudie la photographie et le cinéma à Bruxelles avant de s’installer à Paris. Pionnier de la photographie couleur, Gruyaert se distingue par des clichés où l'ordinaire devient théâtral. Ses œuvres saisissent des passants anonymes dans l'insignifiance du quotidien — au coin d'une rue ou dans un café — magnifiés par des couleurs vibrantes, des ombres nettes et des géométries urbaines rythmées comme du jazz. Harry Gruyaert utilise la couleur pour mener une véritable enquête sur la vie moderne où la socialisation façonne les identités au sein de la cité. Un voyage intérieur où le regard, précis et sensible, transforme des territoires familiers en visions étranges et lumineuses.
> Chapelle Saint-Martin du Méjan
Martine Barrat - Soul of the City

À 93 ans, la photographe française installée à New York propose une rétrospective émouvante de son immersion dans les quartiers marginalisés de New York et de Paris, de la fureur du South Bronx à l'effervescence de la Goutte d’Or. Parmi les pièces maîtresses figurent la célèbre série "Do or Die" qui immortalise de jeunes boxeurs, ainsi que des extraits de son immense travail sur les gangs du South Bronx qui aboutira en 1978 au film documentaire "You Do The Crime, You Do The Time". L'exposition intègre également des vidéos et des clichés du quotidien de Harlem et ses clubs de jazz disparus. L’approche participative et immersive de Martine Barrat, son regard empathique et non moralisateur, transforment la photographie en un geste de respect et de résistance pour documenter la beauté et la dignité humaine nichées au cœur de la précarité.
> Espace Van Gogh
L'image cannibale

Huit artistes — dont Henriette Sabroe Ebbesen, Lucile Boiron et Camille Benarab-Lopez — explorent la photographie non comme un simple outil de représentation, mais comme un organisme vivant qui "engloutit" et "digère" le réel. C'est une métaphore organique : le support devient chair et l’espace une bouche dévorante. Les installations et vidéos présentent des corps nus déformés, dédoublés ou capturés par des surfaces réfléchissantes : le processus photographique "mord" ses sujets. Une façon de remettre en question notre regard "boulimique" alimenté par la saturation d’images dans nos sociétés contemporaines. En nous plaçant en position de voyeurs, l'exposition transforme la photographie en une présence sensible qui interroge la voracité de notre propre vision.
> Chapelle de la Charité
Nous ne sommes pas seuls - Images extraterrestres

Une exposition surprenante qui explore l’univers visuel des ovnis et des phénomènes aérospatiaux non identifiés. Elle croise archives historiques et créations contemporaines pour analyser comment ces images nourrissent nos imaginaires à travers trois axes : les formes des objets, les récits de témoins et les croyances associées. Le parcours est marqué par des images iconiques, à commencer par le célèbre poster "I want to believe" de la série X-Files, inspiré d’une photographie de 1975 du Suisse Billy Meier. En interrogeant le statut de la photographie comme preuve visuelle, l'exposition évoque la frontière poreuse entre réalité et fiction.
> Croisière
Charlotte Yonga - (TSY) Possible

À travers une série réalisée à Madagascar, l'artiste documente l'intimité familiale, amicale et amoureuse d'une jeunesse tiraillée entre traditions et aspirations personnelles. Plus fondamentalement, l’exposition explore le concept malgache de fitiavana qui désigne l’amour et l’attachement à la vie. Pour ses clichés, Charlotte Yonga privilégie une approche relationnelle basée sur le temps partagé et la confiance. Son travail repose sur des mises en scène co-créées qui respectent les codes de pudeur locaux tout en révélant la beauté de l'ordinaire. L’artiste transforme l’intime en un acte politique, avec un témoignage sensible des désirs et des tensions d'une génération.
Lara Tabet et Yasmine Chemali - Le Corps vitré

Lara Tabet et Yasmine Chemali sont lauréates du prix BMW Art Makers 2026. Lara Tabet, médecin biologiste, utilise la bactériographie : elle fait interagir des micro-organismes prélevés dans diverses eaux de Marseille (Vieux-Port, Huveaune) avec de la gélatine photosensible. Les bactéries corrodent la chimie du film et créent des formes abstraites et colorées qui révèlent aussi les toxicités environnementales et politiques des territoires. Ces " images-écosystèmes" sont ensuite transposées sur des vitraux contemporains mis en scène dans une installation chromatique magnifique et spectaculaire. L’empreinte fragile du vivant devient une inscription minérale durable et monumentale. L’artiste rappelle ainsi que la photographie est, par essence, une affaire de chimie, d'altération et d'interaction avec le vivant.
> Cloître Saint-Trophime
Park Chan-wook - Par un matin calme

L'exposition dévoile, pour la première fois en Europe, l'œuvre photographique du cinéaste coréen Park Chan-wook. Loin de la violence habituelle de ses films, cette collection s’inscrit dans une atmosphère contemplative et mélancolique. Dans un temps suspendu, les sujets triviaux du quotidien basculent dans une méditation presque irréelle. On y voit un bouquet sous plastique, une baleine échouée, un cactus face à la mer, un pin dialoguant avec son double peint, des fruits envahis de fourmis ou encore des portraits d'acteurs issus des films du cinéaste, comme celui de Minhee Kim. Pour le cinéaste, la photographie devient un espace de liberté où l'homme hyperactif s'efface derrière un regard attentif aux détails.
> Fondation Lee Ufan
Rétrospective Alain Keler

Cette magnifique rétrospective retrace soixante ans de carrière d'un photoreporter humaniste et engagé qui a sillonné la terre entière, couvert des conflits majeurs et vécu des cultures très diverses. L'exposition explore le lien entre la "grande histoire" — au Liban, en Iran ou en Tchétchénie — et les destins intimes saisis sur les visages. Ses clichés pour la plupart en noir et blanc, dans un style sobre et puissant, montrent le sort des marginaux et des déracinés. Une de ses séries les plus représentatives illustre la vie des Roms à travers l'Europe, montrant aussi bien la dureté des expulsions que la dignité de moments festifs. C’est une présentation inédite de l'essentiel de son œuvre, complétée par des planches-contact et des carnets de voyage. Lauréat du World Press Photo, Alain Keler archive le monde pour faire résonner la mémoire collective avec les histoires personnelles, afin que rien ne soit effacé.
> Les Douches Municipales
Le plan des expositions aux Rencontres d'Arles

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