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La Fête, d'Anne-Cécile Vandalem

Anne-Cécile Vandalem réunit dans une villa de la côte belge deux familles que tout sépare : celle d'un jeune étudiant belgo-sénégalais tué lors d'un bizutage violent et celle d'un des étudiants responsables du drame. La Fête a mal tourné, et les fractures et l'incompréhension se révèlent insurmontables. Une pièce qui rend la réflexion sur le monde aussi brûlante que nécessaire.

19/11/2026
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29/11/2026
Théâtre Nanterre-Amandiers

La Fête qui tourne mal : Anne-Cécile Vandalem met en scène l'impossible pardon

  • L'histoire : une justice défaillante après la mort d'un étudiant belgo-sénégalais
  • Des réflexions brûlantes sur le racisme, la masculinité et la fracture sociale
  • La mise en scène : l'image vidéo pour amplifier le présent et faire ressurgir la mémoire
  • Portrait d'Anne-Cécile Vandalem : ausculter les fractures contemporaines
À voir au théâtre : La Fête, d'Anne-Cécile Vandalem
© Christophe Engels

L'histoire : une justice défaillante après la mort d'un étudiant belgo-sénégalais lors d'un bizutage violent

La pièce ne cherche pas à faire une reconstitution historique des faits : elle met en scène une rencontre fictive, deux ans après le procès, dans une villa cossue sur la côte belge. D'un côté, la famille de la victime, renommée Tidjane Pokou dans la fiction. Le père endeuillé Moussa est accompagné de son second fils, Malik, lequel exprime une révolte légitime devant l'indifférence générale. De l'autre, les Van Wezembeek, parents de deux des accusés. Le père Lucien est un ingénieur flamand d'origine modeste. La mère Sophie est l'héritière d'une fortune bâtie sur l'ivoire. Leur fils cadet Olivier est présent, tandis que le fils aîné Laurent a fui en Afrique du Sud pour échapper à ses responsabilités. Au centre du plateau, une journaliste-réalisatrice nommée Jeanne (Anne-Cécile Vandalem) orchestre la soirée. Elle tente de filmer un documentaire axé sur la réconciliation des deux clans. Mais ce repas convivial tourne très vite au huis clos sous haute tension. Les certitudes se brisent et les récits se fissurent. La tentative de dialogue échoue face aux rancœurs et aux secrets familiaux. Tidjane, le défunt brillant étudiant en médecine, reste présent tout au long de la pièce. Sa figure spectrale habite l'espace scénique et sa parole résonne à travers des textes poétiques.

Des réflexions brûlantes sur le racisme, la masculinité et la fracture sociale

Dans un huis clos intense, La Fête fait remonter à la surface des thèmes qui résonnent dans les sociétés contemporaines. Elle explore d'abord les mécaniques profondes du racisme systémique et son déni au sein des élites sociales. Les personnages blancs occupent le centre du débat avec une neutralité trompeuse. Ils possèdent la capacité de fixer les règles et de minimiser les violences subies. Face aux accusations, la famille aisée se réfugie derrière l'idée d'un simple accident ou d'une maladresse. Elle déplace la discussion vers la défense de sa propre innocence. En parallèle, le drame illustre le poids de la charge raciale. Les victimes doivent constamment expliquer leur douleur et prouver la réalité des discriminations. Le spectacle alerte sur la reproduction des privilèges et sur l'entre-soi social de la haute bourgeoisie. Il pointe du doigt la protection quasi automatique accordée aux jeunes fortunés par les institutions. L'œuvre interroge aussi la culture du secret et la masculinité toxique dans les cercles étudiants élitistes. Ces rituels d'intégration féroces fabriquent une domination de groupe et un sentiment total d'impunité. Le titre de l'œuvre reprend une formule cynique prononcée par un avocat de la défense : "il faut bien nettoyer les lieux après la fête". Cette phrase symbolise la volonté d'effacer les traces de la violence pour préserver le système établi. La pièce interroge ainsi le pouvoir du récit. Elle cherche à savoir qui détient le droit d'imposer sa vérité et d'étouffer les voix divergentes. Enfin, la création refuse toute réconciliation artificielle ou catharsis facile. Elle affirme l'impossibilité d'un pardon sincère sans une réelle transformation des rapports de pouvoir.

"C’est dans cet espace triangulaire — entre la mémoire de Tidjane, l’objectif de la caméra et le regard du public — que se noue une relation nouvelle à l’indicible, à l’invisible." Anne-Cécile Vandalem

La mise en scène : l'image vidéo pour amplifier le présent et faire ressurgir la mémoire

Des caméras sur trépieds filment les comédiens en direct sur le plateau. Les images projetées sur un écran géant montrent, en gros plan, les moindres détails des visages, les hésitations et les silences gênés. Ainsi, la frontière entre le jeu théâtral et le réel devient de plus en plus floue. Au départ, le plateau reste nu. Les interprètes s'avancent sous leur propre identité, avec leurs doutes personnels ou leurs privilèges de classe. Puis la scénographie conçue par le duo Ruimtevaarders se construit à vue. Les éléments de la maison bourgeoise sont installés progressivement : un canapé d'angle clair, une grande table de repas. Les murs de la demeure descendent des cintres et laissent apercevoir les coulisses du théâtre. Ce décor intérieur rigide contraste avec l'instabilité des dunes de sable et de la mer en arrière-plan. Durant la performance, les acteurs disposent d'un joker de sécurité : le mot "crocodile" permet théoriquement de stopper l'expérience fictive en cas de dépassement des limites. Suffira-t-il à préserver le dialogue ? En fond sonore, la voix de Tidjane porte grâce aux poèmes de Joëlle Sambi, tandis que la partition musicale live d'Alex Tambu et Pierre Kissling fait résonner le piano avec une grande douceur.

Portrait d'Anne-Cécile Vandalem : ausculter les fractures contemporaines

Née en 1979 à Liège, Anne-Cécile Vandalem suit d'abord une formation en interprétation au Conservatoire royal de Liège. Elle débute sa carrière d'actrice au sein de divers collectifs théâtraux. En 2003, elle se met à l'écriture dramatique avec Zaï Zaï Zaï Zaï, puis crée Hansel et Gretel en 2005 : elle transpose le conte de Grimm dans une fête de mariage sinistre où les invités, absents, sont joués sur sept téléviseurs par les mariés eux-mêmes. Anne-Cécile Vandalem fonde ensuite sa propre structure, Das Fräulein [Kompanie], en 2008. De 2008 à 2013, l'artiste crée une première trilogie sur l'habitation conçue comme un lieu de confinement. Ce cycle rassemble (Self) Service, Habit(u)ation et After the Walls (Utopia). L'artiste gagne une reconnaissance internationale grâce à sa trilogie sur les grands échecs de l'humanité présentée au Festival d'Avignon. Le premier volet, Tristesses, créé en 2016, se déroule sur fond de montée de l'extrême droite dans un pays du nord de l'Europe. Le deuxième volet, Arctique (2018), est un polar qui raconte une expédition en bateau dans le Grand Nord sur fond de réchauffement climatique. Le dernier volet, Kingdom, voit le jour à Avignon en juillet 2021 : deux parties d'une même famille se déchirent dans la taïga sibérienne, chacune installée d'un côté d'une frontière artificielle. En 2024, elle lance son nouveau cycle intitulé Des mondes hantés, dont La Fête constitue la première étape. Les œuvres d'Anne-Cécile Vandalem marient étroitement le théâtre, le langage cinématographique et la création musicale. Ses fictions engagées auscultent les fractures politiques contemporaines, les effondrements collectifs et l'aveuglement des communautés face à leurs propres violences.
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Spectacle en français et en néerlandais surtitré
Anne-Cécile Vandalem
et Joëlle Sambi texte
Anne-Cécile Vandalem mise en scène
Vincent Pinckaers création vidéo
Avec Moussa Pokou, Malik Devrese, Lucien Van Wezembeek, Sophie Van Wezembeek, Olivier Van Wezembeek, Jeanne Dupuis, François Ebouele, Habib Ben Tanfous, Oscar Van Rompay, Anne-Pascale Clairembourg, Arne De Tremerie, Anne-Cécile Vandalem

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19/11/2026
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29/11/2026
Théâtre Nanterre-Amandiers
7 avenue Pablo Picasso 92000 Nanterre
Du mardi au vendredi à 20 h, samedi à 18 h, dimanche à 15 h - Durée : 2 h

Dates de tournée :

29 – 30 octobre 2026 : Les Théâtres de la Ville de Luxembourg
3 – 6 novembre 2026 : Théâtre du Nord, Lille
12 – 13 novembre 2026 : NTGent, Gand
19 – 29 novembre 2026 : Théâtre Nanterre-Amandiers
10 – 12 décembre 2026 : Théâtre de Namur
18 – 20 février 2027 : De Singel, Anvers
24 – 27 février 2027 : Théâtre de la Cité, Toulouse
3 – 5 mars 2027 : Malraux Scène nationale, Chambéry
16 – 20 mars 2027 : Les Célestins, Lyon

Photos © Christophe Engels
Auteur
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