L'Avenir des reflets, de Lazare, à La Colline
Lazare, auteur et metteur en scène, monte à La Colline une épopée intime des grandes figures de la Révolution française. Un enchaînement millimétré de séquences d'une grande force visuelle et musicale où résonnent, souvent avec humour, les combats contre l'injustice. Trop dense et long sans doute, mais virtuose.
L'Avenir des reflets, de Lazare : quand l'Histoire collective prend un visage humain
- De grands personnages de la Révolution saisis dans des moments de vérité
- Raviver la force de questionnement héritée de l'Histoire
- Une mise en scène millimétrée, visuellement virtuose et qui manie habilement le texte, le chant et la musique
- Portrait de Lazare, auteur et metteur en scène

De grands personnages de la Révolution saisis dans des moments de vérité
Huit comédiens incarnent au plateau une trentaine de personnages qui jalonnent, par touches énergiques et vivaces, les grands moments de la Révolution française et les événements qui l'ont précédée : les injustices de l'Ancien Régime, le soulèvement du peuple à Versailles, la prise de la Bastille, la nuit de Varennes, la Terreur. C'est ainsi que défilent Louis XVI et Marie-Antoinette, Beaumarchais, Olympe de Gouges, Danton, Marat, le Marquis de La Fayette, Robespierre et tant d'autres. Il serait vain de chercher dans cet enchaînement de séquences une continuité de narration : la pièce est plutôt un kaléidoscope d'énergie vitale qui puise autant dans les idéaux enflammés que dans le burlesque populaire. "Le spectacle s'attache à la manière dont les existences singulières sont traversées par les secousses de l'Histoire, et à la façon dont l'intime, soudain, devient politique."
L'intention : raviver la force de questionnement héritée de l'Histoire
Le spectacle met particulièrement en lumière Olympe de Gouges et ses combats pour la liberté et l'émancipation des femmes et contre l'esclavage ou la peine de mort. Marat (Denis Lavant, habité) est aussi un personnage central qui incarne la puissance de l'écriture et la vocation de la presse d'opinion. Le message est résolument tourné vers l'avenir : il s'agit de trouver la porte d'un "nouveau commencement" et de résister par la poésie. La langue y est centrale ; les mots ne sont pas de simples commentaires, ils sont des outils de lutte, de division ou de réparation. En intégrant le chant et la musique, Lazare peint la douleur, la joie et l'élan révolutionnaire d'une manière intime et très humaine, avec une énergie folle.
"Ces grandes figures du passé continuent de nous regarder ; elles interrogent notre rapport à la parole publique, à la presse, à la conflictualité démocratique, au désir de transformation." Lazare
Une mise en scène millimétrée, visuellement virtuose et qui manie habilement le texte, le chant et la musique
Dans une scénographie malicieuse sur plusieurs niveaux, chaque séquence est presque autonome, comme un instantané, un souvenir vivace d'un moment crucial ou anodin. La composition visuelle est particulièrement soignée : les lumières, les costumes, les accessoires disent beaucoup avec peu. C'est surtout la fluidité des enchaînements qui impressionne. Peu à peu, le spectateur semble lâcher prise pour saisir ces moments comme par accumulation d'impacts, de messages et de situations. La pièce est portée par des comédiens formidables qui maîtrisent autant la diction enflammée que le burlesque piquant. En particulier, Pierre Thionois fait beaucoup rire en Louis XVI empoté, et Gabriel Tur, épatant, enfile avec bonheur et fluidité le costume de près d'une vingtaine de personnages. La musique et le chant, plus qu'une illustration, élargissent le champ des possibles de la parole : on l'entend plus vibrante, populaire, incarnée.
Lazare, un théâtre généreux
Né en 1975, Lazare a grandi en banlieue parisienne et a découvert le théâtre de façon atypique : il a d'abord été ouvreur au Théâtre Gérard Philipe avant de se former à l'école du Théâtre National de Bretagne. En 2006, il fonde sa compagnie, Vita Nova, avec un style "à vif" qui mêle poésie brute, improvisation et musique. Il s'est fait connaître en particulier par une trilogie poignante sur l'Histoire de l'Algérie et de la France, avec des pièces comme Passé – je ne sais où, qui revient ou Rabah Robert. Il a aussi marqué les esprits avec Sombre rivière, une pièce destinée à conjurer les traumatismes des attentats de Paris, et Je m'appelle Ismaël, un véritable manifeste de résistance poétique. Plus récemment, il a revisité le mythe de Psyché avec Cœur instamment dénudé. Lazare est un créateur généreux qui s'investit énormément dans la transmission, notamment avec sa "Troupe Avenir" pour les jeunes.
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Lazare texte et mise en scène
Avec Anne Baudoux, Ava Baya, Jérôme Billy, Myrtille Hetzel, Denis Lavant, Marion Malenfant, Pierre Thionois, Gabriel Tur
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