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Lost and Found - Lars Norén / Charles Berling

Une famille en déshérence qui s'étrille avec une fureur pathétique et comique à la fois : Charles Berling monte "Lost and Found", une pièce noire du suédois Lars Norén qui met en pièces toute idée de réussite du couple et de bonheur familial.

2/6/2026
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28/6/2026
Théâtre de l'Atelier

Lost and Found de Lars Norén : chronique d'une famille en état de pourrissement avancé

  • L'histoire : un couple à bout de souffle, des ados meurtris
  • Les thèmes de la pièce : les ravages des névroses parentales
  • La mise en scène : le huis-clos étouffant d'un dimanche d'ennui
  • Portrait de Lars Norén, l'un des plus grands dramaturges suédois contemporains
Lost and Found - Lars Norén / Charles Berling au Théâtre de l'Atelier
© Vincent Berenger - Chateauvallon-Liberté scène nationale

L'histoire : un dimanche d'ennui et de joutes verbales mortifères

Erik et Marie passent mollement le temps dans leur salon, en ce dimanche bien peu jovial. La météo n'aide pas : c'est "le temps merdique typique d'un dimanche de novembre." La discussion est animée, violente et confuse, entre sujets anodins et doutes existentiels. Les fissures du couple sont vite évidentes : la routine, l'absence de désir, l'exaspération de l'autre, la fuite dans des relations extra-conjugales. Quand leurs jeunes enfants se joignent à eux, les blessures sont profondes. Peter, 16 ans, a perdu si jeune toute ambition pour son avenir. Il veut juste faire des études, n'importe lesquelles, pourvu qu'elles lui permettent de gagner le maximum d'argent. En attendant, il s'oublie dans la musique et les applications de rencontres homosexuelles. Anne, 19 ans, est meurtrie par déjà deux avortements, le dernier exigé par sa mère alors qu'elle voulait garder l'enfant. Les parents s'inquiètent pour eux, mais se révèlent incapables d'un réel dialogue : ils reçoivent en retour insultes et invectives.

Les thèmes de la pièce : les ravages des névroses parentales

La pièce fait partie du cycle des quatorze "Pièces de mort" (De döda pjäserna) écrites entre 1989 et 1995. Lars Norén y parle du temps qui passe, de la mort, de la disparition de l'État-providence. L'auteur y aborde en profondeur des thèmes universels : la solitude, la jalousie dévorante, les désirs inassouvis et les névroses parentales, la difficulté des rapports parents-enfants. Ici, c'est une faillite totale, et l'auteur ne donne pas une seule lueur d'espoir. Si ce n'est celui de commencer une nouvelle vie ailleurs : avec un autre partenaire après le divorce, à l'étranger pour les enfants.

"Je ressens une sorte de joie de vivre dépressive." Erik

La mise en scène et le jeu des comédiens dans un "Lost and Found" bien noir

L'humour n'est pas absent du texte, surtout par des associations incongrues de sujets anodins et profonds dans une même phrase. Erik propose : "ne pourrait-on pas se promener quelque part ou divorcer ?". Le couple défait l'affirme : "c'est comme une sorte de ménopause chronique ici !" Mais le comique peine à réduire l'effet pesant du drame, tant on fatigue de voir cette famille se détruire sans avenir. Pourtant, Marie essaie de faire vivre affection et désir : "tu travaillerais beaucoup mieux si tu osais aimer", dit-elle à son mari incarné par un Charles Berling ramolli, hagard, perdu. On reste peu convaincus par la prestation de Bérengère Warluzel, dont le débit accéléré et sans respiration nuit à l'authenticité des sentiments. En revanche, les enfants sont formidables, en particulier le jeune Pierrick Grillet dans le rôle de Peter. Son jeu est tout en nuance, entre paresse assumée, malice séductrice et violence des injures. Il donne au personnage une étonnante épaisseur. Charles Berling a choisi de faire monter des spectateurs sur scène pour profiter de l'intrigue au plus près. Avachis sur leurs fauteuils, ils n'apportent pas grand-chose à la perception du drame. Quand ils ne somnolent pas comme une vieille dame manifestement fatiguée le soir de la première...

Portrait du dramaturge suédois Lars Norén

D'abord poète et romancier, Lars Norén (1944-2021) se tourne vers le théâtre à la fin des années 70 et devient l'héritier spirituel de Strindberg et Tchekhov. Avec plus de cent pièces à son actif, il a marqué l'histoire par ses "pièces d'hôtel" autobiographiques comme "La nuit est mère du jour" et ses huis clos bourgeois tels que "Démons" ou "C'est si simple l'amour", une autre œuvre de Norén explorant les crises familiales donnée en ce moment aussi au Théâtre de l'Atelier. Avec une productivité hors du commun, il recherche constamment de nouvelles formes de langage, où les mots simples s'enchaînent en cascade pour atteindre une véritable ébullition dramatique. Vers la fin de sa vie, son théâtre est devenu plus politique et social, donnant la parole aux marginaux et aux exclus. Disparu des suites de la Covid-19, il laisse une œuvre visionnaire qui capture l'essence de la violence humaine avec une précision chirurgicale.
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Lars Norén texte
Charles Berling  mise en scène
Avec Charles Berling, Bérengère Warluzel, Pierrick Grillet, Louise Arcangioli

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2/6/2026
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28/6/2026
Théâtre de l'Atelier
1 place Charles Dullin 75018 Paris
Mardi et mercredi à 21 h, samedi 27 juin à 17 h, dimanche 28 juin à 15 h - Durée : 1 h 40
Photos © Vincent Berenger - Chateauvallon-Liberté scène nationale
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