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Ruy Blas, de Victor Hugo, à la Comédie-Française

Julie Duclos livre une version impeccable et captivante de Ruy Blas à la Comédie-Française. La puissance et la modernité du texte de Victor Hugo sont servies par une mise en scène juste et ciselée, une scénographie aussi intemporelle qu'efficace, un brillant dosage de flamme lyrique et d'humour caustique et des comédiens extraordinaires. L'excellence du Français atteint son plus haut niveau.

15/10/2026
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27/1/2027
Comédie-Française - salle Richelieu

Ruy Blas de Victor Hugo magnifié par Julie Duclos à la Comédie-Française

  • L'histoire de Ruy Blas : quand l'engagement sincère succombe à la manipulation
  • Une pièce dont la modernité résonne plus que jamais
  • Une mise en scène parfaitement équilibrée au service de la puissance du texte
  • Julie Duclos, la force des récits intimes

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Ruy Blas Victor Hugo Julie Duclos Comédie-Française
© Christophe Raynaud de Lage, coll. Comédie-Française

Ruy Blas, un homme politique juste et sincère rattrapé par une vile machination

Dans l'Espagne du XVIIe siècle règne un Carlos II faible et effacé qui ne se consacre qu'à la chasse et délaisse sa reine, Doña María de Neubourg (superbe Morgane Real), la laissant sombrer dans l'ennui qu'impose l'étiquette rigide de la Cour.  La Reine, belle et intelligente, vient de bannir Don Salluste de Bazan (formidable Thierry Hancisse) pour avoir refusé d'épouser une de ses suivantes qu'il a mise enceinte. Ce dernier, avant de fuir, conçoit un plan machiavélique pour se venger. Il sait que son valet, Ruy Blas (Stéphane Varupenne, incandescent), est follement épris de la Reine en secret. Il le fait passer pour son cousin Don César de Bazan, qui mène une vie bohème de vagabond et qu'on croit disparu. Au même moment, il lui fait signer un billet d'amour pour la Reine qu'il conserve pour pouvoir la faire chanter à son retour. Ce faux Don César, homme du peuple devenu écuyer du Roi, gravit les échelons du pouvoir jusqu'à devenir Premier ministre grâce à son engagement sincère et sa probité qui détonnent dans une Cour de ministres véreux. Commence une liaison passionnée avec la reine, liaison qui permettra à Salluste de mettre en œuvre son funeste dessein.

"La liberté de cette pièce, qui tient au mélange de tons et à ses ruptures, nécessite de prendre au sérieux chaque registre, d’être entier à chaque instant." Julie Duclos

Un drame romantique à la portée universelle

Œuvre de jeunesse de Victor Hugo (1802-1885), la pièce a été créée en 1838 dans le contexte d'une Monarchie de Juillet dirigée par la haute bourgeoisie et les nobles ralliés. Ruy Blas affirme avec panache le style hugolien du drame romantique- La pièce mêle ainsi critique sociale, tragédie amoureuse et grand souffle lyrique. La satire d'une clique de ministres corrompus qui se partagent les richesses de l'Empire avec un cynisme outrancier est un grand moment d'humour, même si l'on rit jaune dans le contexte actuel de crises politiques à répétition. Certaines scènes sont irrésistibles : on rit des incantations dérisoires de Don Guritan (Laurent Stocker), prétendant fat et ridicule de la Reine. Le vrai Don César fait son retour par la cheminée, comme le Père Noël, et se précipite vers le cellier pour y ramener des bouteilles de vin qu'il consomme goulûment. Quant à l'un des ministres rapaces, il a des vues sur le Groenland, rien de moins ! C'est ce dosage savant d'humour caustique - malicieusement enrichi d'anachronismes par la metteuse en scène - et de lyrisme visionnaire qui donne à cette pièce son caractère captivant, intense, et sa portée très contemporaine. Julie Duclos a d'ailleurs choisi de remplacer le monologue de Ruy Blas face aux ministres par une sorte de lettre ouverte de Victor Hugo publiée en 1876. Stéphane Varupenne y trouve un moment de gloire théâtrale qui rive la salle à ses mots avant qu'elle n'applaudisse une ode à la solidarité et l'humanité des êtres que Hugo voudrait voir réunis fraternellement dans des États-Unis d'Europe.

La mise en scène : équilibre, élégance et puissance

Il est rare au théâtre de sentir à ce point que tout est à sa place, dans un parfait équilibre qui sert avant tout la puissance du texte. Les comédiens d'abord, qui atteignent ici un haut niveau d'excellence. La langue de Victor Hugo, avec ses alexandrins tronqués par des rejets et enjambements, donne une liberté au jeu dont se saisit la troupe pour une interprétation au naturel enflammé. La scénographie épurée de Matthieu Sampeur, les costumes intemporels de Caroline Tavernier et les lumières délicates de Dominique Bruguière donnent aux scènes cette sobriété picturale si expressive, comme un héritage des grands maîtres espagnols du clair-obscur que sont Ribera ou Zurbarán. L'illustration musicale par des "tubes" du classique (Les Quatre Saisons de Vivaldi, le Requiem de Mozart, le deuxième mouvement de la Septième Symphonie de Beethoven) appuie la dramaturgie avec une force toute discrète. On découvre aussi que Sébastien Pouderoux, qui joue Don César de Bazan, chante aussi admirablement en s'accompagnant à la guitare dans un moment suspendu et poétique au milieu des intrigues féroces de la Cour.

Julie Duclos, la force des récits intimes

Formée au Conservatoire national supérieur d’art dramatique de Paris, Julie Duclos est l’une des voix les plus stimulantes du théâtre contemporain français. Son style quasi-cinématographique excelle dans l’art d’orchestrer des récits intimes où le réel bascule subtilement vers le poétique et le symbolique. Elle privilégie un jeu d'acteurs d'un réalisme vibrant, nourri d'improvisations et soutenu par des dispositifs vidéo immersifs qui captent l'intériorité des corps et des visages. Son théâtre révèle un goût prononcé pour l'exploration du désir, du doute et des blessures humaines. Elle se fait remarquer dès 2009 avec son adaptation de Fragments d’un discours amoureux de Roland Barthes. Elle a ensuite monté Pelléas et Mélisande, présenté au Festival d'Avignon en 2019, une relecture magistrale du chef-d'œuvre symboliste de Maeterlinck qui alliait vidéo envoûtante et atmosphère hypnotique. Ses deux spectacles suivants sont créés au Théâtre national de Bretagne et présentés à l’Odéon Théâtre de l’Europe : Kliniken de Lars Norén (2021), et Grand-peur et misère du IIIe Reich de Brecht, créé en 2024 et en tournée jusqu’en 2027.
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Drame en cinq actes de Victor Hugo (1838)
Julie Duclos mise en scène
Avec Thierry Hancisse, Sylvia Bergé, Alain Lenglet, Laurent Stocker, Serge Bagdassarian, Bakary Sangaré, Gilles David, Stéphane Varupenne, Sébastien Pouderoux, Danièle Lebrun, Noam Morgensztern, Yoann Gasiorowski, Sefa Yeboah, Jordan Rezgui, Morgane Réal, Charlie Fabert, Myrthe Vermeulen

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15/10/2026
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27/1/2027
Comédie-Française - salle Richelieu
Place Colette 75001 Paris
Du lundi au samedi à 20 h 30, dimanche à 14 h - Durée : 2 h 45 avec un entracte
Photos © Christophe Raynaud de Lage, coll. Comédie-Française
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