Satyagraha, de Philip Glass, à l'Opéra de Paris
Satyagraha ou la force de la vérité : une œuvre monumentale et hypnotique de Philip Glass qui célèbre la puissance de l'esprit humain face à la violence. Entrée au répertoire de l'Opéra de Paris dans une mise en scène où le chant, la musique et la danse sont étroitement mêlés.
Satyagraha, de Philip Glass, fait son entrée au répertoire de l'Opéra de Paris
- Le contenu de l'œuvre : une méditation sur la puissance de l'esprit humain face à la violence
- Tolstoï, Tagore et Martin Luther King, maîtres ou héritiers de Gandhi
- Une musique rituelle et hypnotique
- La mise en scène : les corps et les voix ne font qu'un
- Portrait de Philip Glass

Satyagraha, une méditation sur la puissance de l'esprit humain pour résister à la violence
Donnée pour la première fois en 1980, Satyagraha est une œuvre monumentale qui explore la philosophie de résistance non-violente pensée par le Mahatma Gandhi lors de ses années en Afrique du Sud. En sanskrit, Satyagraha signifie littéralement "la force de la vérité". Plus qu'un simple récit biographique, l’œuvre est une méditation non linéaire sur la résilience et la patience nécessaires pour faire évoluer la société par l'action disciplinée et non-violente. Ainsi, l'œuvre glorifie la puissance de l’esprit humain face à la violence. Le livret de Constance De Jong est tiré de la Bhagavad-Gītā, la partie centrale du poème épique Mahabharata et l'un des écrits fondamentaux de l'hindouisme. Le chant en sanskrit prend dans l'opéra une dimension spirituelle et universelle très émouvante. À travers cette œuvre, Glass interroge l’influence de Gandhi sur le monde politique contemporain et invite le spectateur à réfléchir sur l’impact de ses propres actions.
Les connexions intellectuelles : Tolstoï, Tagore et Martin Luther King
L'opéra est construit autour de figures historiques qui ont influencé la pensée de Gandhi ou qui en sont les héritières. Glass dédie chacun des trois actes à un personnage qui symbolise le passé, le présent et le futur de la Satyagraha. Le premier acte est placé sous l'égide de l’écrivain russe Léon Tolstoï, avec qui Gandhi a entretenu une correspondance fournie jusqu'à la mort de l'auteur en 1910. Le deuxième acte se réfère au poète indien Rabindranath Tagore, que Gandhi considérait comme une autorité morale suprême de son vivant. Enfin, le troisième acte est dédié à Martin Luther King Jr., que Glass considère comme un "Gandhi américain". Ces influences montrent que la philosophie de Gandhi n'est pas un concept isolé, mais une force active nourrie par des échanges humanistes et destinée à inspirer les revendications de justice sociale à travers les époques.
"C'est une œuvre d'une grande beauté poétique, profondément émouvante et non-conventionnelle dans sa forme." Bobbi Jene Smith, metteuse en scène et chorégraphe
Une musique rituelle et hypnotique
Satyagraha marque un tournant dans la carrière de Philip Glass : c'est sa première partition pour un grand orchestre symphonique. Toutefois, le compositeur conserve sa sonorité distinctive en traitant l'orchestre comme un orgue géant qui privilégie les timbres unis aux performances solistes. L’orchestration est d'ailleurs atypique : elle se compose de cordes, de bois et d'un orgue, mais exclut totalement les cuivres et les percussions. Une musique rituelle et hypnotique qui utilise la répétition pour créer une immersion profonde. Les voix, portées par un vaste chœur et des solistes allant de la soprano à la basse, se joignent à cette trame sonore pour transformer le chant en un geste sacré. Le choix du sanskrit, une langue méconnue, permet de déplacer l'attention vers le ton, le rythme et l'émotion pure.
La mise en scène : danse, chant et musique étroitement unis
La mise en scène et la chorégraphie ont été confiées au duo de chorégraphes Bobbi Jene Smith et Or Schraiber. Ils effacent les frontières entre les formes d'art en intégrant étroitement la danse à la musique. Cette version cherche à réinventer l'œuvre au-delà de son contexte purement historique pour la rendre plus actuelle et la faire résonner avec les enjeux de notre société moderne. Les metteurs en scène souhaitent que les corps sur scène incarnent l'essence même de la Satyagraha, transformant le spectacle en une expérience physique où l'effort de la voix et du corps ne font qu'un.
Portrait de Philip Glass, une musique qui "s'insinue dans les os"
Né en 1937, Philip Glass est l'un des compositeurs les plus influents du XXe siècle, célèbre pour son style souvent qualifié de minimaliste et hypnotique. Satyagraha est le deuxième volet de sa "trilogie des portraits", dédiée à des mouvements qui ont changé le monde. Cette trilogie a débuté avec Einstein on the Beach (1976), consacré à la science, et s'est achevée avec Akhnaten (1984), dédié à la religion, faisant de Satyagraha le pilier politique de cet ensemble. Le compositeur est connu pour ses nombreux opéras comme The Voyage (1992), Orphée (1993), The Perfect American (2013). Il a beaucoup travaillé pour le cinéma : Mishima, Candyman, The Truman Show... Certains thèmes de Satyagraha ont d'ailleurs été utilisés pour la musique du film The Hours. Son œuvre est une exploration constante de la structure et du temps, cherchant toujours à amplifier la puissance de l'esprit humain à travers une musique qui "s'insinue dans les os" (Bob Wilson).
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Opéra en trois actes (1980) sur un livret de Constance De Jong
Philip Glass musique
Ingo Metzmacher direction musicale
Bobbi Jene Smith et Or Schraiber mise en scène et chorégraphie
Avec Anthony Roth Costanzo, Ilanah Lobel-Torres, Davóne Tines, Adriana Bignagni Lesca, Olivia Boen, Deepa Johnny, Amin Ahangaran, Nicky Spence, Nicolas Cavallier
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