Exposition Cézanne et nous au Grand Palais
Plutôt que de décrire la vie en peinture, Cézanne a révélé la vie pleine, vibrante et autonome à la peinture. La magistrale exposition "Cézanne et nous" du Grand Palais explore l'héritage du grand maître, père de l'art moderne, et son influence durable sur les artistes modernes et contemporains.
Pourquoi il faut voir l'exposition "Cézanne et nous" au Grand Palais
- De l'incompréhension à la reconnaissance universelle : l'admiration pour Cézanne
- Le père de l'art moderne : ce que Cézanne a inventé
- Natures mortes, portraits, paysages : la vérité en peinture
- Les œuvres iconiques : les Baigneurs, la Montagne Sainte-Victoire
- Cézanne aux origines de l'abstraction
- Une coproduction de grandes institutions muséales : le Grand Palais Rmn, le Centre Pompidou et l’établissement public du musée d’Orsay et du musée de l’Orangerie

Cézanne : des débuts difficiles avant de devenir un modèle pour les avant-gardes
Paul Cézanne (1839-1906) tente de se frayer un chemin dans le monde de l'art parisien à ses débuts. Refusé par le jury du Salon pendant dix ans, il participe à la première exposition impressionniste de 1874 avec trois peintures, dont La Maison du pendu, Auvers-sur-Oise aujourd'hui au Musée d'Orsay. C'est le premier tableau que Cézanne vend à un collectionneur, le comte Doria. En mai 1882, pour la première et dernière fois, Cézanne est enfin admis à exposer au Salon son Portrait de M.L.A. (Louis-Auguste Cézanne, son père) qui passe presque inaperçu. Rejeté par le circuit officiel, moqué par la critique pour son "outrance", il retourne vivre à Aix-en-Provence, sa ville natale. Pourtant, grâce à quelques collectionneurs précoces dont Paul Gauguin et le marchand de couleurs Julien Tanguy, une poignée d'artistes en quête de renouveau est subjuguée par ses toiles. Edgar Degas, Claude Monet, Gustave Caillebotte ou encore Camille Pissarro acquièrent des œuvres. Le célèbre marchand Ambroise Vollard joue un rôle déterminant dans la notoriété de l'artiste visionnaire. Au tournant du siècle, cette reconnaissance s'accélère avec notamment l'entrée d'une de ses toiles à la Nationalgalerie de Berlin. Le Salon d'Automne lui consacre une exposition posthume en 1907, visitée par de nombreux artistes et collectionneurs. Moins de dix ans plus tard, de Moscou à New York, les avant-gardes se revendiquent tous azimuts de sa liberté pour inventer de nouvelles manières de représenter le monde.
Le père de l'art moderne : ce que Cézanne a inventé
Les impressionnistes ont accompli un grand pas dans l'histoire de l'art en s'éloignant du réalisme académique pour inventer une peinture centrée sur la perception. Cézanne pousse ce cheminement encore plus loin : son style, détaché de la simple représentation, va à l'essentiel avec une simplification radicale des formes qui ouvre la voie à l'abstraction. La peinture de Cézanne est ancrée dans le réel, mais autonome : un espace affranchi de la perspective, des formes géométriques, des couleurs vibrantes qui structurent l'œuvre et lui donnent vie. Ainsi, Cézanne veut traduire la sensation durable et profonde éprouvée devant le réel.
"Je vous dois la vérité en peinture et je vous la dirai." Paul Cézanne
Natures mortes, portraits, paysages : la vérité en peinture
L'exposition du Grand Palais aborde, dans des sections thématiques particulièrement captivantes, les innovations marquantes de Cézanne dans des domaines traditionnels de la peinture, avec des parallèles saisissants avec des artistes modernes et contemporains qui se revendiquent de son héritage. La nature morte est un terrain privilégié de cette expérimentation : "traitez la nature par le cylindre, la sphère et le cône", affirme le peintre. Le portrait témoigne d'une recherche constante où la forme, la couleur et la lumière priment sur la ressemblance. Ses paysages sont des compositions structurées dans lesquelles la perspective s'efface au profit de plans colorés et d'une touche qui organise la profondeur. Max Beckmann y voit "un drame vivant" tandis que Kasimir Malévitch y éprouve "les sensations violentes de la peinture".

Max Beckmann - Paysage forestier avec bûcherons (1927) Centre Pompidou, Paris
Les œuvres iconiques : les Baigneurs, la Montagne Sainte-Victoire
Les baigneuses et baigneurs au bord d'une rivière comptent parmi les grands thèmes cézanniens. Ces compositions dynamiques ont une portée presque symbolique, celle d'un âge d'or de connexion humaine à la nature. Des peintres comme Picasso, Matisse, Derain ou Malévitch s'en inspirent. Quant à la Montagne Sainte-Victoire, Cézanne l'a peinte plus de 80 fois de 1878 jusqu'à sa mort, avec un souci quasi obsessionnel pour faire jaillir la puissance mythique de ce joyau du paysage provençal. "Quel beau motif !" écrit Cézanne dans une lettre à Émile Zola en 1878. Un motif repris à leur compte par des artistes aussi divers que la Libanaise Etel Adnan, l'Américain Marsden Hartley ou la Française Fabienne Verdier qui s'est confrontée à la réalité physique du paysage en y installant son atelier pour y produire toute une série de peintures.

Kasimir Malévitch - Baigneur (1911) Stedelijk Museum Amsterdam
Peter Doig - Baigneur (2023) Collection Larry Gagosian
Cézanne aux origines de l'abstraction
L'approche radicale de simplification des formes et l'importance viscérale donnée à la couleur ont lancé un mouvement dans lequel se sont insérés des artistes très divers tout au long du XXe siècle : les cubistes d'abord, des maîtres comme Matisse, Picasso et Mondrian, puis après la Seconde Guerre mondiale des courants aussi variés que l'expressionnisme abstrait américain (Hans Hofmann, Clyfford Still, Joan Mitchell) ou l'abstraction géométrique avec des peintres comme Bridget Riley ou Victor Vasarely. L'exposition pousse la comparaison jusqu'à des peintres des cinquante dernières années comme Ellswoth Kelly, Maria Helena Vieira da Silva, Simon Hantaï, Brice Marden, Sean Scully et même Pierre Soulages. Ces rapprochements semblent parfois artificiels, voire incongrus. Mais il ne s'agit pas de trouver des similitudes concrètes, mais de retrouver la même énergie créative et libérée dans la recherche formelle.
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Paul Cézanne - Le Garçon au gilet rouge (1888-1890) Sammlung Emil Bührle / Kunsthaus Zürich
Amadeo Modigliani - Le Jeune Apprenti (1917-1919) Musée de l'Orangerie, Paris
Paul Cézanne - Portrait de Madame Cézanne (entre 1885 et 1895) Musée de l'Orangerie, Paris
Georg Baselitz - Meine Mutter, Madame Cézanne (1998) Musée d'Art Moderne de Paris






