Exposition Zurbarán 1598-1664 au Musée du Louvre
Événement au Louvre : grande rétrospective Francisco de Zurbarán, l'un des grands peintres du Siècle d'Or espagnol avec Velázquez et Murillo. Dans sa peinture religieuse, ses portraits et ses natures mortes, on reste stupéfaits par la puissance des compositions, l'art délicat des chairs et des étoffes et l'acuité psychologique des visages et des postures. Une coproduction du Louvre avec la National Gallery de Londres et l'Art Institute de Chicago.
La puissance et la virtuosité de Zurbarán dans une magnifique exposition au Louvre
- Francisco de Zurbarán, un des grands peintres du Siècle d'or espagnol
- Le parcours de l'exposition : des commandes religieuses au talent protéiforme
- En parallèle : Sculpter la couleur. Chefs-d’œuvre du Musée National de Sculpture de Valladolid

Zurbarán, un des grands peintres du XVIIe siècle espagnol
Francisco de Zurbarán (1598-1634) est né à Fuente de Cantos, en Estrémadure, dans une famille aisée de commerçants. Il fait son apprentissage artistique à Séville entre 1614 et 1617 sous la direction de Pedro Díaz de Villanueva, avant d'y recevoir en 1630 le titre officiel de maestro pintor. Sa vie personnelle est marquée par trois mariages et la disparition tragique de son fils Juan, peintre talentueux et proche collaborateur, emporté par l'épidémie de peste à Séville en 1649. D'abord établi à Séville, il vient à Madrid en 1634 pour décorer le palais royal du Buen Retiro. Il s'y installe définitivement à la fin de ses jours. Zurbarán dirige un atelier prolifique et fait preuve d'un sens aigu des affaires pour répondre aux grandes commandes de la Réforme catholique.
Au-delà de l'image d'un peintre mystique dévoué à l'ascétisme monastique, on découvre au XXe siècle un coloriste prodigieux et un plasticien d'une étonnante modernité. Son style se caractérise par une épure géométrique des compositions, souvent sur fond neutre, des volumes simplifiés, un clair-obscur vigoureux et un naturalisme saisissant capable d'imiter le grain du réel. L'expression des visages, l'atmosphère des scènes sont d'une rare puissance émotionnelle, comme dans Jésus et Marie dans la maison de Nazareth (ci-dessus) où la sérénité de Jésus, malgré la couronne d'épines à ses pieds, rend l'inquiétude sourde de Marie particulièrement bouleversante. Il excelle à rendre la présence physique des objets, la texture de la fourrure ou des étoffes brodées, mais aussi des natures mortes qu'il peint avec une virtuosité digne de Chardin.
Le parcours de l'exposition : les grandes étapes de sa vie et de son style
La rétrospective rassemble un ensemble remarquable de 65 tableaux, dont 50 peintures du maître. Sept sections retracent l'évolution chronologique de son travail tout en proposant de précieux regroupements thématiques. La première section est consacrée aux monumentales commandes monastiques sévillanes (1626-1634), avec des œuvres majeures telles que ce sublime Christ en croix, l'émouvant Saint Sérapion ou L'Apparition de l'enfant Jésus à Saint Antoine de Padoue, d'une simplicité surnaturelle, conservée à l'église d'Étriham en Normandie. L'exposition remet également en lumière d'immenses retables démembrés au XIXe siècle lors des invasions napoléoniennes, comme celui de la Chartreuse de Jerez dont sont issues L'Adoration des Mages et La Circoncision : de grands formats superbement composés où la douceur des expressions est confondante.
Une section étonnante rassemble des portraits de saintes martyres parées de costumes somptueux, à l'image de Sainte Apolline et Sainte Casilda. Ce dernier tableau, affiche de l'exposition, voit la fille de l'émir de Tolède surprise par son père alors qu'elle apporte du pain à des prisonniers chrétiens : un miracle se produit et les pains se transforment en roses. On sent dans ce visage, à la fois effronté et apeuré, une force de caractère inouïe. Les natures mortes (bodegones) constituent un autre sommet de l'exposition : réalisme, virtuosité, infinie délicatesse du grain. La période tardive illustre quant à elle le renouvellement de son style au travers de scènes familiales empreintes de ferveur, comme dans La Vierge et l'Enfant avec saint Jean-Baptiste. Enfin, un épilogue réunit des toiles du XIXe et du début du XXe siècle pour souligner l'influence déterminante de la géométrie de Zurbarán sur les avant-gardes françaises, d'Édouard Manet à Pablo Picasso et Juan Gris.
"Un rideau peint par Zurbarán suffit à démontrer l'existence de Dieu." Salvador Dalí
Sculpter la couleur. Chefs-d'œuvre du Musée National de Sculpture, Valladolid

De l'autre côté de la salle d'exposition, une remarquable présentation partage une scénographie conjointe avec des jeux de regards inédits entre peinture et sculpture espagnoles du XVIIe siècle. L'exposition "Sculpter la couleur" met à l'honneur la sculpture polychrome sur bois, un médium essentiel du Siècle d'or. Ce parallèle illustre les collaborations étroites et l'émulation constante entre sculpteurs et peintres chargés d'incarner le sacré et la toute-puissance de l'Église catholique pendant la Contre-Réforme. L'Espagne est en effet le pays où la technique de la "talla" a trouvé son plus bel aboutissement. Un des plus beaux exemples est cette sculpture d'une finesse exquise de Saint-Jean Baptiste réalisée en 1634 par Alonso Cano, qui était peintre, sculpteur et architecte.
Voir le top expositions
Santa Casilda (vers 1635) © Museo Nacional Thyssen-Bornemisza, Madrid
La Crucifixion (1627) © The Art Institute of Chicago
L'Adoration des bergers (1638) © Ville de Grenoble, Musée de Grenoble / J. L. Lacroix
Sainte Marguerite d'Antioche (1631) © The National Gallery, London






