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Les Bonnes - Jean Genet / Carme Portaceli

Carme Portaceli s’empare des Bonnes de Jean Genet avec toute l’énergie radicale du désespoir de deux sœurs malheureuses et enfermées dans leur condition. Le jeu épatant des trois actrices de la Comédie-Française fait fureur, à tous les sens du terme, sur fond de musique rap et pop, dans une salle de bains propice à toutes les transformations.

17/9/2026
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25/10/2026
Comédie-Française à l'Athénée Théâtre Louis Jouvet

Les Bonnes, de Jean Genet : la version audacieuse de Carme Portaceli

  • L'histoire de la pièce : deux sœurs s'échappent de leur condition par un jeu dangereux
  • Pauvreté et enfermement : le ferment de la révolte
  • La mise en scène audacieuse de Carme Portaceli, de bruit et de fureur
  • Le style de Carme Portaceli : physique, épique, musical, au-delà du réel
  • Jean Genet, la voix des marginaux et des classes populaires
Les Bonnes Jean Genet Carme Portaceli Comédie-Française Athénée
© Agathe Poupeney, coll. Comédie-Française

L'histoire de la pièce : deux sœurs employées de maison jouent un jeu dangereux

Claire (Édith Proust) et Solange (Élissa Alloula) sont deux employées de maison au service de Madame, une bourgeoise extravagante, frivole et névrosée (merveilleuse Anna Cervinka). Quand le rideau se lève, Solange, casque sur la tête au son tonitruant du rap de Kerry James, prépare la salle de bains de Madame pour y célébrer une "cérémonie", un jeu de rôles dangereux et funeste : Solange joue Claire et Claire joue Madame pour fantasmer le meurtre de cette dernière. Claire a dénoncé par lettre anonyme Monsieur pour vol, mais Monsieur est mis en liberté provisoire et Madame jure de faire toute la lumière sur cette dénonciation. Les deux sœurs se trouvent piégées et tentent d'assassiner Madame en empoisonnant son infusion de tilleul...

Pauvreté et enfermement : le ferment de la révolte

Pour la metteuse en scène Carme Portaceli, la pièce de Genet est avant tout l'histoire de deux sœurs malheureuses et enfermées dans leur condition de servantes pauvres et soumises. Elles vivent dans une mansarde et ont le privilège d'utiliser la salle de bains de Madame une fois par semaine, ou de récupérer les robes dont Madame ne veut plus. Écrasées par leur destin, elles s'échappent par un imaginaire morbide et violent qui leur permet d'exprimer leur rage et de préserver leur dignité. Dans ces jeux de rôles incantatoires, Solange déclare : "Je suis l'égale de Madame et je marche la tête haute." Madame, elle, incarne une bourgeoisie frivole et déboussolée, dénuée d'humanité. Rocambolesque dans son apparence et son train de vie, elle a une relation de dépendance superficielle avec ses bonnes qui résument amèrement : "Madame nous tue avec sa douceur. Madame nous aime. Elle nous aime comme ses toilettes."

"La salle de bains est un espace de jeu et un endroit pour se transformer. L'eau nettoie et fait sortir ce qui est enfoui en nous." Carme Portaceli

La mise en scène de Carme Portaceli : tout sauf réaliste et conventionnelle

Avec son compagnon de route de longue date, le scénographe Paco Azorín, Carme Portaceli a choisi de situer la pièce dans la salle de bains de Madame, et non sa chambre. La salle de bains est le lieu de toutes les transformations : c'est là que les personnages se lavent, se maquillent et démaquillent, se coiffent, se promènent en petite tenue et s'habillent. C'est un lieu de purification et aussi d'intimité qui place les personnages sur un plan d'égalité, comme lorsque, à tour de rôle, elles utilisent les toilettes. Carme Portaceli utilise la musique comme un élément majeur de la dramaturgie : Solange passe son chiffon pour nettoyer la salle de bains sur un rythme techno, Claire et Solange chantent en chœur un air de rap qui affirme : "nous la découperons en morceaux et nous chanterons." La scénographie exploite aussi avec finesse les effets de projection sur le décor, comme ces ombres d'oiseaux qui volent lorsqu'on ouvre la fenêtre ou ses volutes de vapeur lorsque Madame entre dans la baignoire. L'énergie épique de cette version est portée par trois actrices admirables que Carme Portaceli qualifie de "surnaturelles" et qui poussent très loin l'expression de leur révolte.

Le style de Carme Portaceli : physique, épique, musical et pas réaliste

C'est Clément Hervieu-Léger qui a proposé à Carme Portaceli de monter Les Bonnes. L'administrateur général de la Comédie-Française avait été impressionné par deux pièces que la metteuse en scène avait présentées au Théâtre Nanterre-Amandiers : Anna Karenine d'après Tolstoï et Bovary d'après Flaubert. Carme Portaceli est une grande figure du théâtre en Espagne. La Catalane a dirigé le Teatro Español de Madrid de 2016 à 2019, avant de prendre la tête du Théâtre national de Catalogne à Barcelone. Son combat féministe est constant, tant il est vrai que les femmes, dans le théâtre, étaient, comme elle le dit, ignorées il n'y a pas si longtemps dans un secteur culturel dirigé par des hommes. Refusant le réalisme, elle cherche à sublimer les textes par un jeu très physique et une dimension épique du récit parce qu'on "parle du monde, de nous, des êtres humains, de la société". Ses mises en scène incorporent la musique et la vidéo comme des "étapes de la dramaturgie". Un jeu aussi viscéral que poétique.

Jean Genet, la voix des marginaux et des contestataires

Jean Genet (1910-1986) est né à Paris d'un père inconnu. Abandonné par sa mère à l'âge de huit mois. Vagabond, il s'engage dans la Légion étrangère à l'âge de 18 ans, puis déserte. Il voyage dans le pays en vivant de petits larcins et de prostitution. Il fait de fréquents séjours en prison où il écrit une partie de son œuvre. Ses textes parlent des marginaux, des travestis et des contestataires : Notre-Dame des Fleurs (1943), récit d'un meurtre dans le milieu travesti de Montmartre, Querelle de Brest (1947), récit sulfureux des aventures homosexuelles d'un soldat de la Marine en escale à Brest, censuré aussitôt pour pornographie. Au théâtre, il publie Les Bonnes (1947), Le Balcon (1956) qui le fait entrer au répertoire de la Comédie-Française, Les Nègres (1958) et Les Paravents (1961), une critique acerbe des comportements de l'armée française pendant la guerre d'Algérie. Toute sa vie, Genet a vécu dans des chambres d’hôtel à proximité des gares avec pour seuls bagages deux valises remplies de cartes postales, de manuscrits et de lettres. Il meurt en 1986 d'une chute violente après avoir souffert d'un cancer de la gorge.
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Carme Portaceli mise en scène et scénographie
Paco Azorín scénographie
Avec Élissa Alloula, Édith Proust, Anna Cervinka

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17/9/2026
-
25/10/2026
Comédie-Française à l'Athénée Théâtre Louis Jouvet
4 square de l'Opéra Louis-Jouvet 75009 Paris
À 20 h 30, dimanche à 15 h - Durée : 1 h 50
Photos © Agathe Poupeney, coll. Comédie-Française
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