Scènes d'intérieur, de Mélanie Leray et Edouard Delelis
Dans un récit croisé entre un couple moderne et l'enfance traumatique de l'épouse, Mélanie Leray aborde la persistance des violences conjugales. Des Scènes d'intérieur inspirées du roman révolutionnaire d'Henrik Ibsen qui marqua l'histoire de la libération de la femme. Au Théâtre du Rond-Point à Paris, puis à Nantes et Angers.
Scènes d'intérieur : Mélanie Leray ausculte les violences conjugales
- Un récit croisé : un couple moderne, aisé, et l'enfance traumatique de la femme
- Comment la violence s'installe sournoisement dans les couples
- Une mise en scène très visuelle entre théâtre et cinéma
- Portrait de Mélanie Leray, artiste pluridisciplinaire et engagée

Un aller-retour entre un passé traumatique et un présent qui tourne mal
Chloé est une comédienne de quarante-trois ans sur le point d'interpréter Nora, le rôle-titre d'Une maison de poupée, d'Henrik Ibsen. Son mari Henri travaille dans un grand cabinet d'avocats d'affaires qui se réunit en séminaire dans le Sussex, non loin de Londres. Henri a convié Chloé et leur fils Simon à partager avec lui sa chambre d'hôtel. Ce huis clos révèle progressivement les fissures de leur couple aisé, marqué par des non-dits et des frustrations accumulées. Parallèlement, un récit vidéo nous plonge dans le passé traumatique de Chloé, son adolescence dans un milieu modeste et les violences conjugales infligées par son père Adrien à sa mère Lénaïg. L’événement décisif survient lorsque Lénaïg trouve enfin le courage de quitter le foyer pour protéger ses enfants, comme dans un écho lointain au geste de Nora. Ces deux temporalités se confrontent : d'un côté, une violence soudaine qui éclate dans un milieu privilégié, de l'autre, une brutalité quotidienne subie par une femme de condition modeste. Comment les fantômes de l'enfance modèlent le destin d'adulte...
Ausculter la persistance des violences conjugales
Le spectacle explore avec acuité la persistance des violences conjugales et leur capacité à contaminer l’ensemble de la cellule familiale au-delà des classes sociales, avec un préjudice considérable pour les enfants, victimes collatérales des drames. Dans quelle mesure une femme peut-elle se construire en opposition au modèle parental sans être rattrapée par les violences vécues enfant ? En s’appuyant sur l'œuvre visionnaire d’Ibsen écrite en 1879, Mélanie Leray veut montrer que, malgré l'égalité juridique acquise, le besoin névrotique de domination patriarcale persiste de manière souterraine. Cette "maison de poupée moderne", faite de peurs quotidiennes et de rage impuissante, illustre la face cachée d'un système qui continue de broyer des vies malgré les condamnations légales. En incarnant la complexité des schémas relationnels, l'œuvre sonde l'indicible d'un amour toxique qui refuse de disparaître.
"Les traumatismes vécus durant l'enfance façonnent nos schémas relationnels et influencent la manière dont nous vivons l’amour et la vie de famille." Mélanie Leray et Edouard Delelis
Théâtre, vidéo en direct, film enregistré et musique électro : un mélange puissant
Pour porter cette histoire, Mélanie Leray a conçu un langage hybride qui fusionne l'espace scénique et l'espace cinématographique. La mise en scène repose sur une performance en direct : les scènes du présent sont filmées sur le plateau, caméra à l'épaule, et projetées instantanément sur un écran en alternance avec le film pré-enregistré de l’adolescence de Chloé. Cette technique permet de coller au plus près du corps des acteurs et de scruter leurs émotions à la loupe. La scénographie intègre également des marionnettes pour représenter l'enfant, comme pour mieux rendre leur fragilité. L’âme musicale du spectacle est confiée à QUINQUIS (Émilie Quinquis), dont les compositions électroniques en langue bretonne servent de fil conducteur émotionnel.
Portrait de Mélanie Leray, artiste pluridisciplinaire et engagée
Formée à l’école du Théâtre National de Bretagne, Mélanie Leray est une metteuse en scène et comédienne dont le parcours est marqué par un engagement social et artistique fort. Elle débute à la mise en scène en milieu carcéral en 2000, au Centre Pénitentiaire des femmes de Rennes, avant de co-fonder le collectif Les Lucioles, puis sa propre structure, la Compagnie 2052, en 2012. Elle montre un goût prononcé pour les écritures contemporaines, notamment britanniques. Elle a adapté plusieurs textes marquants comme Leaves de Lucy Caldwell, Contractions de Mike Bartlett ou encore Tribus de Nina Raine. En 2019, son travail est largement consacré par le succès de Girls and Boys de Dennis Kelly, qui remporte le Molière du meilleur seul en scène. Artiste pluridisciplinaire, elle explore régulièrement les frontières entre théâtre et cinéma, comme en témoignent ses créations Viviane (2020) ou le court-métrage Viviane Herman. Parallèlement, elle mène une carrière d'actrice qui l'a amenée à jouer pour des réalisateurs tels que Manuel Poirier ou Xavier Beauvois.
__________
Mélanie Leray et Edouard Delelis texte
Mélanie Leray mise en scène et réalisation
Avec Marie Denarnaud, Arthur Igual, Julie Henry, Félicien Cottanceau, Aude Ponthieux, Maud Gérard
et dans le film Pauline Parigot, Emmanuelle Bercot, Prune Bozo, Alban Dussin, Marius Cahen, Adèle Cahen, Alice Goyat, Laurent Meininger, Sabrina Delarue, Léon Moreau, Mona Gessiaume Henry, Eliott Benkemoun Leray
Voir le top théâtre
MIXT, Nantes du 25 au 28 mars 2026
Le Quai, Angers du 31 mars au 2 avril 2026






